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Judith II Salomé
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Une figure féminine fatale occupe l'espace de la composition dans un format vertical étroit qui accentue sa présence monumentale. Le visage aux paupières mi-closes et aux lèvres entrouvertes exprime une sensualité troublante et une cruauté latente, tandis que les mains aux ongles griffus évoquent une prédatrice plutôt qu'une victime. Le traitement du corps semi-nu, émergeant d'un réseau complexe de motifs géométriques et organiques, conjugue réalisme anatomique et stylisation décorative. Les ornements dorés, les spirales, les rectangles colorés créent un fond abstrait qui semble à la fois envelopper et dissoudre la figure. La palette conjugue les ors, les bleus profonds, les verts émeraude et les rouges dans des harmonies byzantines d'une richesse somptueuse. L'ambiguïté du titre - oscillant entre Judith l'héroïne biblique et Salomé la tentatrice - renforce la dimension de femme fatale fin-de-siècle qui imprègne l'œuvre. Réalisée en 1909, cette composition s'inscrit dans la période dorée de Klimt où il développe son style ornemental le plus caractéristique. L'œuvre témoigne de l'influence de l'art byzantin découvert lors du voyage à Ravenne en 1903, avec ses mosaïques dorées et ses figures hiératiques. Le thème de la femme fatale, obsession de l'art fin-de-siècle, trouve chez Klimt une formulation particulièrement troublante qui conjugue érotisme, violence et beauté décorative. Cette représentation de la féminité comme force dangereuse et fascinante reflète les anxiétés de genre qui traversent la société viennoise de la Belle Époque. L'ambiguïté entre sacré et profane, entre héroïsme et perversité, caractérise la vision klimtienne de la femme comme puissance énigmatique et menaçante. Cette composition marque un sommet dans l'exploration par Klimt du thème de la femme fatale et de l'érotisme. Elle témoigne de sa capacité à créer une imagerie moderne de la féminité qui conjugue références historiques et sensibilité décadente. L'œuvre demeure l'une des représentations les plus puissantes de la femme fatale dans l'art européen du début du XXe siècle.
Créateur : Gustav Klimt
Nationalité : Autrichien
Contexte personnel : En 1909, Gustav Klimt, alors âgé de quarante-sept ans, traverse une période de transformation stylistique majeure qui le mène de la période dorée ornementale vers une simplification chromatique et formelle plus austère. Chef de file de la Sécession viennoise qu'il fonda en 1897, il domine la scène artistique de la capitale austro-hongroise tout en subissant les critiques virulentes des conservateurs scandalisés par l'érotisme de ses œuvres. Cette année 1909 suit immédiatement l'achèvement du Baiser (1907-1908), apogée de sa manière dorée, et précède son évolution vers des compositions plus épurées influencées par le fauvisme et l'expressionnisme. Judith II témoigne de cette transition : conservant les motifs décoratifs de sa période ornementale tout en adoptant une palette plus sombre et agressive. Socialement, Klimt vit en marge des conventions bourgeoises viennoises : célibataire, père de plusieurs enfants illégitimes, compagnon d'Emilie Flöge, il incarne la figure de l'artiste moderne affranchi des conventions victorienne qui étranglent la Vienne fin-de-siècle.
Mouvement artistique : Sécession viennoise, Symbolisme, Art nouveau
Période de création : 1909
Lieu de création : Vienne, Autriche-Hongrie
Dimensions : h178 x w82.5 cm
Type d'œuvre : painting
Matériaux utilisés : Huile sur toile
Thème principal : Femme fatale biblique : Judith ou Salomé
Provenance : Conservée dans une collection italienne (Ca' Pesaro, Venise), cette œuvre témoigne de la circulation internationale de l'art viennois au début du XXe siècle. Elle demeure l'une des représentations les plus troublantes et modernes de la femme fatale par Klimt, condensant érotisme, violence et décadence dans une image d'une puissance visuelle hypnotique qui cristallise les angoisses de la civilisation européenne à l'aube de sa destruction dans la Grande Guerre.
Judith II, également intitulée Salomé, représente la seconde incursion de Klimt dans l'iconographie de la femme fatale biblique, huit ans après sa première Judith (1901). Cette ambiguïté titulaire — Judith ou Salomé ? — révèle la fusion opérée par le symbolisme fin-de-siècle entre figures féminines bibliques meurtrières : Judith décapitant Holopherne pour sauver son peuple, et Salomé réclamant la tête de Jean-Baptiste pour satisfaire sa concupiscence. L'œuvre présente une figure féminine monumentale, cadrée serré jusqu'à la taille, griffes crochues aux ongles peints, corps nu dissimulé derrière un réseau de motifs géométriques colorés. Son visage, aux paupières mi-closes et à la bouche entrouverte, exprime une extase ambiguë oscillant entre volupté érotique et cruauté sadique. L'absence de la tête décapitée (présente dans Judith I) renforce l'ambiguïté et universalise la figure en archétype de la féminité mortifère. Comparée à Judith I, cette seconde version témoigne d'une évolution stylistique significative : abandon progressif de l'ornementation dorée florale au profit de motifs géométriques plus agressifs, palette assombrie dominée par noirs, rouges et verts sombres, expression faciale plus dure et moins idéalisée. Cette transformation reflète le climat culturel viennois de 1909 : la Belle Époque s'assombrit, les tensions sociales et nationalistes montent dans l'Empire austro-hongrois, Freud vient de publier ses théories sur la sexualité féminine, et le mouvement expressionniste émerge avec sa vision plus crue et violente. Judith II incarne ainsi la fin de l'enchantement sécessionniste et l'arrivée de la « danse macabre » que la guerre rendra réalité cinq ans plus tard.
Judith II incarne l'apogée de l'iconographie de la femme fatale dans l'art symboliste européen, cristallisant un siècle d'angoisses masculines face à l'émancipation féminine. L'œuvre témoigne de la transformation culturelle de la Vienne 1900 : la ville de Freud où la sexualité devient objet d'investigation scientifique, où les conventions victoriennes se fissurent, où les femmes commencent à revendiquer autonomie et droits politiques. Cette émancipation progressive génère une réaction anxieuse dont Klimt se fait le chroniqueur ambivalent : ses femmes fatales sont simultanément célébrées et redoutées, admirées et diabolisées. Le tableau participe également du débat esthétique sur la fonction de l'art : contre l'académisme moralisateur qui exigeait des sujets édifiants, Klimt revendique la légitimité artistique de l'érotisme et de la transgression. Cette position lui vaut les foudres de la censure viennoise mais l'admiration des avant-gardes européennes. L'influence de cette iconographie traverse tout le XXe siècle : des expressionnistes (Kokoschka, Schiele) aux surréalistes (Dali) qui perpétueront la figure de la femme fatale comme archétype de la sexualité libérée et dangereuse. Aujourd'hui, Judith II suscite des lectures contradictoires : célébration de la puissance féminine autonome ou projection misogyne réduisant la femme à créature instinctive et meurtrière ? Cette ambiguïté interprétative garantit la pérennité fascinée de l'œuvre.
Klimt emploie une technique sophistiquée conjuguant traditions artisanales byzantines et innovations modernistes. La préparation de la toile suit un protocole soigné : apprêt multicouche créant une surface lisse permettant le rendu détaillé. La construction procède sans dessin préparatoire élaboré, Klimt travaillant directement sur la toile par ajustements successifs. Les carnations sont travaillées par superposition de glacis translucides mêlant blanc de plomb, ocres, terres et touches verdâtres créant une qualité épidermique troublante, simultanément sensuelle et cadavérique. Les zones ornementales sont construites par application d'or en feuille selon la technique byzantine du fond d'or, puis enrichies de motifs peints en couleurs opaques. Cette coexistence de naturalisme pour la figure et d'abstraction décorative pour le fond crée une tension spatiale caractéristique : Judith existe-t-elle dans un espace tridimensionnel réel ou flotte-t-elle dans un univers symbolique bidimensionnel ? Les motifs géométriques, peints avec une précision quasi-mécanique, témoignent de l'influence de l'Art nouveau viennois mais aussi de l'artisanat byzantin que Klimt avait étudié lors de son voyage à Ravenne en 1903. La palette restreinte et sombre, dominée par noirs et rouges, rompt avec le chatoiement chromatique de la période dorée antérieure, annonçant l'évolution vers une sobriété plus austère. Cette technique laborieuse, exigeant des semaines de travail méticuleux, s'oppose consciemment à la rapidité de la production industrielle moderne, réaffirmant la dimension artisanale et spirituelle du travail artistique.
Judith II adopte un format vertical étroit et monumental (178 x 82,5 cm) qui confère à la figure une présence écrasante, presque menaçante. La composition, cadrée serrée comme une photographie, supprime tout contexte narratif pour concentrer l'attention sur la figure féminine elle-même. Klimt déploie ici une technique mixte caractéristique de sa maturité : huile pour les carnations et feuille d'or pour certains détails ornementaux, conjuguant tradition artisanale byzantine et modernité symboliste. La palette, dominée par noirs profonds, rouges sang et verts sombres, contraste avec la luminosité dorée de sa période antérieure, créant une atmosphère oppressante et morbide. Les motifs décoratifs qui enveloppent le corps adoptent des formes géométriques (triangles, rectangles, spirales) plus agressives que les arabesques florales de Judith I, annonçant l'esthétique angulaire de l'expressionnisme. Le traitement de la carnation, d'un naturalisme cru, rompt avec l'idéalisation symboliste : la peau présente des nuances verdâtres et bleuâtres qui accentuent le caractère cadavérique de la figure. Les mains griffues aux ongles rouges, détail récurrent de la femme fatale klimtienne, sont rendues avec une précision anatomique troublante. L'expression faciale, captée avec une acuité psychologique intense, oscille entre langueur érotique et cruauté froide, cristallisant l'angoisse masculine fin-de-siècle face à la sexualité féminine autonome et dangereuse.
« La femme klimtienne n'est ni vierge ni madone, mais créature sexuelle autonome dont la beauté contient autant de menace que de promesse. » — Carl Schorske, historien de la culture viennoise
1. SCHORSKE, Carl E., Fin-de-Siècle Vienna: Politics and Culture, New York, Vintage Books, 1981\n2. NERET, Gilles, Gustav Klimt 1862-1918, Cologne, Taschen, 2015\n3. FLIEDL, Gottfried, Gustav Klimt: The World in Female Form, Cologne, Taschen, 2003\n4. WHITFORD, Frank, Klimt, Londres, Thames & Hudson, 1990\n5. BISANZ-PRAKKEN, Marian, Gustav Klimt: Modernism in the Making, New York, Guggenheim Museum, 2001