L'assurance minimum pour une galerie qui demarre : que couvrir en priorite
L'assurance est le sujet que les jeunes galeristes repoussent systematiquement au bas de leur liste de priorites. Lorsque l'on ouvre une galerie d'art contemporain, les premieres semaines sont absorbees par l'amenagement de l'espace, la selection des oeuvres, la communication autour de l'exposition inaugurale et la constitution d'un premier reseau de collectionneurs. L'assurance, perçue comme une depense administrative ennuyeuse, est souvent traitee a la hate ou, pire, negligee completement. Pourtant, une oeuvre endommagee, un degat des eaux dans l'espace d'exposition ou un visiteur qui se blesse en trebuchant sur un socle peuvent transformer une galerie prometteuse en desastre financier. Ce guide vous presente les couvertures essentielles pour une galerie en phase de lancement, dans un ordre de priorite qui correspond aux risques reels du metier.
Par Artedusa
••9 min de lectureLa responsabilite civile professionnelle : le socle incontournable
La responsabilite civile professionnelle est la premiere assurance que vous devez souscrire, idealement avant meme d'ouvrir vos portes au public. Elle couvre les dommages que votre activite professionnelle pourrait causer a des tiers : un visiteur qui glisse sur le sol de la galerie, un client qui se blesse en manipulant une oeuvre lors d'un accrochage prive, un passant atteint par un element de votre enseigne detache par le vent. Sans cette couverture, vous etes personnellement responsable des dommages sur vos fonds propres, ce qui peut se chiffrer en dizaines de milliers d'euros.
La RC professionnelle couvre egalement les dommages causes a des biens confies. Si vous endommagez accidentellement une oeuvre qui vous a ete confiee en consignation par un artiste, l'assurance prend en charge la reparation ou l'indemnisation. Ce volet est crucial pour une galerie, car les oeuvres en consignation representent souvent la majorite du stock expose. La galerie Thaddaeus Ropac, qui gere des oeuvres valant plusieurs millions d'euros, a evidemment un programme d'assurance extremement sophistique, mais le principe est le meme pour une jeune galerie avec des oeuvres a quelques milliers d'euros : la couverture des biens confies doit etre explicitement incluse dans votre contrat.
Le cout d'une RC professionnelle pour une petite galerie se situe generalement entre 500 et 1 500 euros par an, selon le chiffre d'affaires declare, la surface de l'espace et la valeur des oeuvres exposees. C'est un investissement derisoire au regard du risque couvert.
L'assurance des oeuvres : clou a clou ou sejour en galerie
L'assurance des oeuvres est le coeur du sujet pour un galeriste. Deux types de couverture coexistent dans le monde de l'art, et vous devez comprendre la difference pour choisir celle qui correspond a votre situation.
L'assurance "clou a clou" (en anglais "nail to nail") couvre l'oeuvre depuis le moment ou elle quitte le mur de l'artiste ou du preteur jusqu'au moment ou elle y retourne. Elle inclut donc le transport aller, le sejour en galerie, le transport retour, et eventuellement le stockage intermediaire. C'est la couverture la plus complete et celle que les artistes et les collectionneurs preteurs exigent le plus souvent lorsqu'ils confient une oeuvre a une galerie. La galerie Marian Goodman, lorsqu'elle emprunte des oeuvres pour une exposition monographique, souscrit systematiquement une assurance clou a clou qui rassure les preteurs et protege la galerie.
L'assurance "sejour" couvre uniquement l'oeuvre pendant qu'elle se trouve dans les locaux de la galerie. Elle est moins chere mais laisse le transport a decouvert, ce qui est risque car les sinistres les plus frequents dans le monde de l'art surviennent pendant les manipulations et le transport.
Pour une jeune galerie, la solution pragmatique consiste a souscrire une assurance "sejour" permanente pour les oeuvres presentes dans l'espace, completee par des extensions temporaires "clou a clou" pour les periodes de transport (livraison a un collectionneur, envoi a une foire, reception d'oeuvres d'un artiste eloigne). Cette approche modulaire vous permet de maitriser vos couts tout en assurant une couverture adequate.
Un point technique important : la valeur declaree des oeuvres. L'assureur vous demandera de declarer la valeur des oeuvres presentes dans votre galerie, soit en valeur globale (par exemple 150 000 euros maximum present a tout moment), soit oeuvre par oeuvre. La declaration doit etre realiste : sous-declarer pour payer moins de prime vous exposera a une indemnisation reduite en cas de sinistre (c'est la regle proportionnelle), tandis que sur-declarer vous coutera inutilement cher. Mettez a jour votre declaration au moins deux fois par an, en tenant compte de l'evolution de votre stock.
Les degats des eaux, l'incendie et le vol : les trois cauchemars du galeriste
Les oeuvres d'art sont des biens physiques fragiles, et les risques qui les menacent dans un espace de galerie sont principalement le degat des eaux, l'incendie et le vol. Votre assurance locaux professionnels (multirisque) doit couvrir ces trois risques, mais il est essentiel de verifier que les plafonds d'indemnisation sont suffisants pour la valeur des oeuvres presentes.
Le degat des eaux est le sinistre le plus frequent dans les galeries, surtout dans les immeubles anciens des centres-villes ou les canalisations sont vieillissantes. La galerie Perrotin dans le Marais, installee dans un immeuble historique, a du composer avec les contraintes d'un bati ancien qui presente des risques specifiques. Si votre galerie est situee en rez-de-chaussee d'un immeuble parisien, le risque de remontee d'eau par le sol ou de fuite provenant des etages superieurs est significatif. Verifiez que votre contrat couvre les dommages aux oeuvres causes par un degat des eaux, et que le plafond d'indemnisation est coherent avec la valeur de votre stock.
L'incendie est un risque moins frequent mais potentiellement devastateur. Une galerie contient des materiaux combustibles : cadres en bois, papier, toiles, emballages. Un systeme de detection incendie est obligatoire pour les etablissements recevant du public, et votre assureur verifiera qu'il est installe et entretenu. Le cout d'installation d'un systeme de detection basique est de quelques centaines d'euros, ce qui est negligeable par rapport a la perte potentielle.
Le vol est un risque que les galeries debutantes sous-estiment souvent, car les oeuvres d'art contemporain ne paraissent pas, a premiere vue, aussi convoitees que les bijoux ou les produits electroniques. Pourtant, les petits formats sont facilement derobables, et un vol pendant un vernissage bonde n'est pas rare. Votre assurance doit couvrir le vol avec effraction et le vol par ruse, et votre galerie doit disposer d'un minimum de mesures de securite : serrure de qualite, alarme, et idealement un systeme de videoprotection. La galerie Almine Rech dispose de systemes de securite avances dans tous ses espaces, mais un systeme simple et bien configure suffit pour une galerie debutante.
Le transport des oeuvres : le maillon faible de la chaine
Le transport est le moment ou les oeuvres sont le plus vulnerables. Un tableau mal emballe dans une camionnette, une sculpture qui bascule pendant un freinage brusque, un colis endommage par un transporteur peu soigneux : les scenarios de sinistre pendant le transport sont nombreux et souvent evitables avec les bonnes precautions.
Pour les transports que vous effectuez vous-meme (avec votre vehicule personnel ou un utilitaire de location), verifiez que votre assurance automobile couvre le transport de marchandises et que la valeur des oeuvres transportees est prise en charge. La plupart des assurances auto standard ne couvrent pas les biens professionnels transportes, ce qui signifie qu'une oeuvre endommagee pendant un transport en voiture ne sera pas indemnisee.
Pour les transports confies a un professionnel, verifiez que le transporteur dispose de sa propre assurance et que la valeur declaree couvre la totalite de l'oeuvre transportee. Les transporteurs d'art specialises comme Bovis Fine Art, LP Art ou Andre Chenue proposent des assurances integrees a leurs prestations, mais le plafond peut etre inferieur a la valeur reelle de l'oeuvre. Demandez systematiquement une attestation d'assurance avant de confier une oeuvre a un transporteur.
Pour les envois par courrier (petits formats, multiples, editions), l'assurance proposee par les services postaux est generalement insuffisante. Un colissimo assure couvre jusqu'a un plafond de quelques centaines d'euros, bien en deça de la valeur de la plupart des oeuvres. Souscrivez une assurance complementaire ou utilisez un service de transport specialise pour les envois dont la valeur depasse ce plafond.
Les foires : des exigences specifiques a anticiper
La participation a une foire d'art implique des obligations d'assurance specifiques que vous devez anticiper, car elles representent un cout supplementaire qui s'ajoute au prix du stand, au transport et a l'hebergement. La plupart des foires internationales exigent que les galeries participantes disposent d'une assurance couvrant les oeuvres presentees sur le stand pendant toute la duree de la manifestation, y compris les phases de montage et de demontage.
Art Basel, Art Paris, la FIAC (desormais Paris+) et les autres grandes foires imposent des exigences de couverture minimale que vous devrez respecter pour obtenir votre badge exposant. Ces exigences varient d'une foire a l'autre : certaines proposent une assurance collective a laquelle les galeries peuvent adherer moyennant une prime calculee sur la valeur des oeuvres exposees, tandis que d'autres exigent que chaque galerie souscrive sa propre police.
Le galeriste debutant qui participe a sa premiere foire doit budgeter l'assurance comme un poste de depense a part entiere, au meme titre que le transport et le stand. Une estimation raisonnable est de un a deux pour cent de la valeur totale des oeuvres exposees pour la duree de la foire, montage et demontage inclus.
Construire progressivement un programme d'assurance complet
L'assurance d'une galerie n'est pas un sujet que l'on regle une fois pour toutes. Votre programme d'assurance doit evoluer avec votre activite : lorsque la valeur de votre stock augmente, les plafonds doivent etre rehausses. Lorsque vous commencez a participer a des foires internationales, des couvertures specifiques doivent etre ajoutees. Lorsque vous embauchez un premier salarie, l'assurance employeur devient obligatoire.
La demarche la plus efficace pour un jeune galeriste consiste a contacter un courtier specialise dans les risques culturels. Ces professionnels connaissent les specificites du marche de l'art et peuvent vous proposer un programme sur mesure qui couvre l'ensemble de vos risques sans redondances ni lacunes. Leur remuneration est integree a la prime d'assurance, ce qui signifie que leur service ne vous coute rien de plus qu'une souscription directe aupres d'un assureur.
En resume, les couvertures prioritaires pour une galerie qui demarre sont, dans l'ordre : la responsabilite civile professionnelle, l'assurance des oeuvres en sejour et en transport, la multirisque locaux (degats des eaux, incendie, vol), et les extensions pour les foires. Le budget total pour ces couvertures se situe generalement entre 2 000 et 5 000 euros par an pour une jeune galerie, un cout raisonnable qui constitue le filet de securite indispensable a toute activite de galerie.
Les galeries presentes sur Artedusa peuvent presenter leurs conditions d'assurance aux collectionneurs, ce qui renforce la confiance lors des transactions en ligne et temoigne du professionnalisme de la galerie dans la gestion des oeuvres qui lui sont confiees.
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