L’Art qui murmure à l’oreille des collectionneurs : comment deviner le prochain Basquiat avant les autres
Imaginez une salle d’exposition à Bâle, un après-midi d’été 2024. Les murs blancs de la foire Liste, dédiée aux artistes émergents, sont baignés d’une lumière dorée qui filtre à travers les verrières. Au milieu du brouhaha des conversations et du cliquetis des verres de champagne, une toile attire t
By Artedusa
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L’Art qui murmure à l’oreille des collectionneurs : comment deviner le prochain Basquiat avant les autres
Imaginez une salle d’exposition à Bâle, un après-midi d’été 2024. Les murs blancs de la foire Liste, dédiée aux artistes émergents, sont baignés d’une lumière dorée qui filtre à travers les verrières. Au milieu du brouhaha des conversations et du cliquetis des verres de champagne, une toile attire tous les regards. Il s’agit d’une peinture de Louis Eisner, un jeune artiste new-yorkais dont les œuvres, à mi-chemin entre le surréalisme et la bande dessinée, semblent capturer l’anxiété d’une génération élevée entre écrans et crises climatiques. Un collectionneur s’approche, les yeux brillants : "C’est comme si Magritte avait rencontré les Simpsons dans un cauchemar." Quelques heures plus tard, la galerie annonce que toutes les pièces de l’artiste ont été vendues. Eisner n’a pas encore trente ans, mais son nom circule déjà dans les cercles les plus exclusifs de l’art contemporain. Dans deux ans, ses toiles vaudront peut-être dix fois plus. Ou peut-être rien.
Voilà le paradoxe de l’art émergent : c’est un terrain de jeu aussi excitant que périlleux, où les fortunes se font et se défont au gré des modes, des algorithmes et des caprices des milliardaires. Pourtant, derrière le bruit médiatique et les records d’enchères se cachent des signaux subtils, presque imperceptibles, qui permettent de distinguer un véritable talent d’un simple feu de paille. Comment repérer, en 2026, l’artiste dont les œuvres prendront de la valeur comme un vin rare vieillissant en cave ? La réponse ne se trouve ni dans les catalogues d’enchères ni dans les classements des influenceurs, mais dans une alchimie complexe où se mêlent l’intuition, la connaissance des réseaux et une compréhension profonde des mouvements qui agitent le monde.
Quand les musées parient avant les marchés
Il y a quelque chose de magique dans l’instant où un musée décide d’acquérir une œuvre d’un artiste inconnu. Ce geste, souvent discret, est en réalité un signal fort : les conservateurs, ces gardiens du goût institutionnel, ont flairé un potentiel durable. Prenez Jadé Fadojutimi, une peintre britannique d’origine nigériane. En 2021, la Tate Modern achète l’une de ses toiles abstraites, Jesture, pour sa collection permanente. À l’époque, ses œuvres se vendent entre 50 000 et 100 000 dollars. Trois ans plus tard, elles dépassent le million. Ce n’est pas un hasard : les musées ne collectionnent pas des tendances, mais des récits. Fadojutimi, avec ses explosions de couleurs et ses couches de peinture qui semblent respirer, incarne une nouvelle forme d’expressionnisme où se mêlent mémoire personnelle et héritage postcolonial.
Les institutions jouent un rôle clé dans la légitimation des artistes. Le Whitney Museum, à New York, est réputé pour repérer les talents avant qu’ils n’explosent. En 2022, il consacre une salle entière à Simone Leigh, une sculptrice afro-américaine dont les œuvres monumentales, inspirées des traditions africaines, deviennent instantanément des icônes. Deux ans plus tard, Leigh représente les États-Unis à la Biennale de Venise, et ses pièces atteignent des sommets aux enchères. Le message est clair : si un musée achète, c’est que l’artiste a déjà passé l’épreuve du temps.
Mais attention : tous les musées ne se valent pas. Une acquisition par le MoMA ou le Centre Pompidou a bien plus de poids qu’une exposition dans un petit musée régional. De même, les biennales – Venise, Documenta, la Biennale de Gwangju – sont des tremplins inestimables. Un artiste exposé à Venise en 2024 aura toutes les chances de voir sa cote s’envoler dans les deux années suivantes. Les collectionneurs avisés le savent : il faut surveiller les agendas des musées comme on suit les cours de la Bourse.
Les galeries, ces alchimistes du goût
Derrière chaque artiste qui perce se cache une galerie, souvent discrète mais redoutablement efficace. Certaines galeries ont un flair légendaire pour dénicher les talents. Hauser & Wirth, par exemple, a lancé Mark Bradford et Rashid Johnson bien avant qu’ils ne deviennent des stars. David Zwirner a misé sur Yayoi Kusama et Marlene Dumas alors que leurs œuvres se vendaient pour quelques milliers de dollars. Mais pour les artistes émergents, ce sont souvent les galeries plus petites, plus audacieuses, qui font la différence.
À New York, Company Gallery est devenue une référence pour repérer les artistes avant qu’ils n’explosent. En 2020, elle organise la première exposition personnelle de Julie Curtiss, une peintre française dont les œuvres, peuplées de femmes aux cheveux longs et aux doigts démesurés, deviennent virales sur Instagram. Deux ans plus tard, ses toiles se vendent pour des centaines de milliers de dollars. À Berlin, Kraupa-Tuskany Zeidler a lancé Anne Imhof, dont les performances glaciales ont conquis la Biennale de Venise en 2017. À Hong Kong, Empty Gallery mise sur des artistes hybrides comme Tau Lewis, dont les sculptures en textiles recyclés séduisent à la fois les collectionneurs et les activistes écologistes.
Comment identifier une galerie qui compte ? D’abord, en observant sa programmation : une galerie qui expose des artistes déjà cotés n’est pas forcément un bon indicateur. En revanche, une galerie qui prend des risques, qui organise des expositions personnelles d’artistes inconnus, est souvent un signe avant-coureur. Ensuite, en suivant les foires d’art émergent : Liste Basel, NADA Miami, Frieze LA. Ces événements sont des mines d’or pour découvrir les talents de demain.
Mais le vrai secret réside dans les relations. Les galeristes parlent entre eux, échangent des informations, s’invitent mutuellement dans leurs espaces. Un artiste représenté par une galerie respectée aura plus de chances de percer qu’un artiste isolé. L’art, après tout, est un réseau.
L’Instagram effect : quand les algorithmes font et défont les réputations
En 2019, un jeune peintre ghanéen du nom d’Amoako Boafo poste une série de portraits sur Instagram. Ses toiles, aux couleurs vives et aux traits expressifs, attirent immédiatement l’attention. Un collectionneur américain, Stefan Simchowitz, tombe sous le charme et achète plusieurs œuvres avant même que Boafo n’ait une galerie. En quelques mois, ses prix explosent : de 10 000 dollars, ils passent à 1 million. En 2020, une de ses toiles est vendue 3,4 millions de dollars chez Phillips. Boafo est devenu une star en moins de deux ans, grâce à un réseau social.
Instagram a révolutionné la découverte des artistes. Aujourd’hui, un tableau peut devenir viral en quelques heures, propulsé par des hashtags comme #EmergingArtists ou #ContemporaryPainting. Des artistes comme Louis Eisner ou Genesis Belanger doivent une partie de leur succès à leur présence en ligne. Eisner, avec ses peintures oniriques et ses couleurs acidulées, a séduit une communauté de jeunes collectionneurs grâce à des vidéos de son processus créatif. Belanger, elle, joue avec les codes de la publicité et de la culture pop, créant des sculptures qui semblent tout droit sorties d’un rêve surréaliste. Ses œuvres, souvent partagées sur TikTok, ont attiré l’attention de galeristes et de musées.
Mais attention : Instagram peut aussi tuer une carrière. Un artiste trop présent sur les réseaux risque de passer pour un produit marketing plutôt qu’un créateur authentique. Les algorithmes favorisent les images accrocheuses, pas nécessairement les œuvres profondes. Un portrait coloré et facile à comprendre aura plus de likes qu’une peinture abstraite complexe. Pourtant, c’est souvent dans cette complexité que réside la valeur à long terme.
Les collectionneurs avisés savent faire la différence. Ils suivent les artistes sur les réseaux, mais ils visitent aussi leurs ateliers, lisent leurs interviews, analysent leur évolution. Une œuvre qui plaît à Instagram n’est pas forcément une œuvre qui résistera au temps.
Le studio, ce laboratoire de l’avenir
Il y a quelque chose de fascinant à pénétrer dans l’atelier d’un artiste émergent. C’est là, entre les pots de peinture, les esquisses ratées et les outils improbables, que se joue l’avenir de l’art. Un studio bien organisé, où les matériaux sont choisis avec soin, où les expérimentations foisonnent, est souvent le signe d’un artiste sérieux. À l’inverse, un atelier désert, où traînent quelques toiles génériques, doit alerter.
Prenez Tau Lewis, une artiste canadienne dont les sculptures en textiles recyclés ont conquis le monde de l’art. Son studio, à Toronto, ressemble à un atelier de couture post-apocalyptique. Des morceaux de cuir, de plastique et de métal s’entassent dans un joyeux désordre. Chaque pièce est cousue à la main, assemblée avec une patience infinie. Son travail est à la fois politique et poétique : il parle de mémoire, d’identité, de réparation. En 2022, Beyoncé s’inspire de ses œuvres pour son album Renaissance, et les prix s’envolent. Mais ce qui frappe, c’est la rigueur de son processus : elle ne crée pas pour le marché, elle crée parce qu’elle ne peut pas faire autrement.
À l’opposé, certains artistes produisent en série, comme des usines à tableaux. Leurs ateliers ressemblent à des chaînes de montage, où des assistants reproduisent des motifs standardisés. Ces œuvres, souvent vendues à des prix exorbitants, finissent par saturer le marché. Les collectionneurs les achètent comme des actifs spéculatifs, sans se soucier de leur valeur artistique réelle. En 2026, ces artistes-là seront peut-être oubliés.
Comment distinguer un vrai studio d’une usine à rêves ? En posant les bonnes questions : L’artiste travaille-t-il seul ou avec des assistants ? Utilise-t-il des matériaux innovants ou des recettes toutes faites ? Ses œuvres évoluent-elles, ou se répètent-elles à l’infini ? Un artiste qui innove, qui prend des risques, qui explore de nouvelles techniques, a plus de chances de durer qu’un artiste qui se contente de reproduire ce qui marche.
Les collectionneurs qui voient avant les autres
Dans le monde de l’art, certains collectionneurs ont un flair légendaire. Francois Pinault, le magnat français, a acheté des œuvres de Marlene Dumas et Urs Fischer bien avant qu’ils ne deviennent des stars. Bernard Arnault, le patron de LVMH, a soutenu Takashi Murakami et Jeff Koons dès leurs débuts. Steve Cohen, le milliardaire américain, possède l’une des plus belles collections d’art contemporain au monde, avec des pièces de Gerhard Richter et Julie Mehretu achetées à des prix dérisoires.
Ces collectionneurs ne se contentent pas de suivre les tendances : ils les créent. Ils visitent les ateliers, parlent aux galeristes, lisent les critiques, analysent les mouvements émergents. Ils savent que l’art n’est pas qu’un placement financier, mais aussi une passion, un pari sur l’avenir.
En 2026, les collectionneurs à suivre sont ceux qui misent sur des artistes encore méconnus, mais dont le travail résonne avec les enjeux du moment. Les thèmes de prédilection ? L’écologie, l’intelligence artificielle, les questions identitaires, la mémoire postcoloniale. Les artistes qui abordent ces sujets avec originalité et profondeur ont toutes les chances de percer.
Mais attention : tous les collectionneurs ne se valent pas. Certains achètent par snobisme, d’autres par spéculation. Les vrais connaisseurs sont ceux qui achètent une œuvre parce qu’elle les touche, pas parce qu’elle est à la mode. Un artiste soutenu par un collectionneur passionné a plus de chances de durer qu’un artiste acheté par un spéculateur.
Les pièges à éviter : quand l’art devient un miroir aux alouettes
L’histoire de l’art est jonchée de carrières fulgurantes qui se sont éteintes aussi vite qu’elles ont commencé. En 2014, Oscar Murillo, un jeune peintre colombien, voit ses toiles passer de 10 000 à 400 000 dollars en quelques mois. Les collectionneurs se les arrachent, les galeries le courtisent, les musées l’exposent. Puis, en 2016, le marché se retourne. Les prix s’effondrent, les critiques se font plus sévères. Murillo n’a pas disparu, mais son étoile a pâli.
Ce qui est arrivé à Murillo peut arriver à n’importe quel artiste émergent. Le marché de l’art est cyclique, et les modes passent. En 2021, les NFT ont explosé, avec des ventes record comme celle de Everydays: The First 5000 Days de Beeple, adjugée 69 millions de dollars chez Christie’s. Deux ans plus tard, le marché des NFT s’est effondré, et beaucoup d’artistes numériques ont vu leurs œuvres perdre 90 % de leur valeur.
Comment éviter les pièges ? D’abord, en se méfiant des hypes médiatiques. Une œuvre qui fait la une des journaux n’est pas forcément une bonne affaire. Ensuite, en diversifiant ses achats : ne pas miser tout son argent sur un seul artiste ou un seul mouvement. Enfin, en privilégiant les artistes dont le travail a une profondeur conceptuelle, pas seulement une esthétique accrocheuse.
Un autre piège à éviter : les vanity galleries, ces galeries qui font payer les artistes pour exposer leurs œuvres. Ces espaces, souvent situés dans des quartiers branchés, promettent une visibilité, mais ne garantissent pas une carrière. Un artiste sérieux est représenté par une galerie qui croit en lui, pas par une galerie qui lui fait payer son propre vernissage.
2026 : les artistes qui murmurent à l’oreille du futur
Alors, qui seront les artistes à suivre en 2026 ? Voici quelques noms qui circulent déjà dans les cercles éclairés :
Ewa Juszkiewicz : Cette peintre polonaise, dont les portraits féminins revisitent les codes de la peinture classique, a déjà séduit les collectionneurs. Ses œuvres, vendues entre 500 000 et 1,5 million de dollars, pourraient bien atteindre des sommets dans les années à venir.
Meriem Bennani : Artiste marocaine basée à New York, Bennani explore les questions d’identité et de technologie à travers des vidéos et des installations immersives. Son travail, à la fois drôle et profond, a déjà été acquis par le MoMA.
Tau Lewis : Ses sculptures en textiles recyclés, qui mêlent artisanat et activisme écologique, ont conquis le monde de l’art. En 2024, elle expose à la Biennale de Venise, un signe que son étoile ne fait que monter.
Ian Cheng : Pionnier de l’art génératif, Cheng crée des simulations numériques qui évoluent en temps réel. Ses œuvres, à la frontière entre l’art et la science, séduisent les collectionneurs férus de technologie.
Mais au-delà des noms, ce qui compte, c’est de développer un œil. Visiter les ateliers, parler aux galeristes, lire les critiques, analyser les tendances. L’art émergent n’est pas une science exacte, mais une aventure. Et comme toute aventure, elle demande du courage, de la curiosité et une certaine dose d’intuition.
L’art comme pari sur l’avenir
En 2026, le marché de l’art sera plus que jamais un miroir de notre époque. Les artistes qui perceront seront ceux qui sauront capturer les angoisses et les espoirs d’une génération. Ceux qui parleront d’écologie, d’intelligence artificielle, de mémoire et d’identité. Ceux qui, comme Basquiat ou Mehretu avant eux, transformeront leurs obsessions en œuvres universelles.
Mais attention : l’art n’est pas une loterie. Derrière chaque œuvre qui prend de la valeur se cache un réseau de galeries, de collectionneurs, de critiques et de musées qui ont cru en elle. Repérer un artiste émergent, c’est comme deviner le prochain grand cru : il faut connaître les terroirs, comprendre les cépages, et avoir un peu de chance.
Alors, la prochaine fois que vous visiterez une foire d’art ou que vous scrollerez sur Instagram, prenez le temps de regarder. Parfois, c’est dans les détails – une brosse de peinture, un choix de couleur, un titre énigmatique – que se cache le prochain chef-d’œuvre. Et qui sait ? Peut-être serez-vous celui ou celle qui, en 2026, découvrira l’artiste dont tout le monde parlera en 2030.
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