Le galeriste et la presse locale : visibilité de proximité et stratégie médias
Dans un monde de l'art obsédé par la couverture internationale — un article dans Artforum, une mention dans The Art Newspaper, un portrait dans Frieze —, la presse locale est souvent négligée par les galeristes qui la considèrent comme une forme de communication mineure. C'est une erreur stratégique. La presse locale, qu'il s'agisse du quotidien régional, de la radio de proximité, du magazine municipal ou du site d'information local, constitue un canal de communication irremplaçable pour la galerie d'art, précisément parce qu'elle touche un public que les médias spécialisés n'atteignent jamais.
Par Artedusa
••10 min de lecture01Le public de la presse locale n'est pas celui de la presse spécialisée
Le lecteur d'Artpress, de The Art Newspaper ou de Monopol est déjà immergé dans le monde de l'art. Il connaît les galeries, suit les foires, visite les musées. Le galeriste qui obtient un article dans ces publications prêche auprès de convaincus. Le lecteur du quotidien régional, en revanche, est un habitant de la ville ou du département qui ne pousse pas nécessairement la porte des galeries, mais qui est curieux de la vie culturelle de son territoire. C'est un collectionneur potentiel, un visiteur potentiel, un prescripteur potentiel qui fera connaître la galerie à son entourage s'il en a une expérience positive.
La galerie Daniel Templon, malgré son envergure internationale, a toujours cultivé sa relation avec la presse locale parisienne, consciente que sa clientèle la plus régulière est celle qui vit et travaille dans le quartier du Marais. La galerie Marian Goodman, installée rue du Temple à Paris, bénéficie d'une couverture régulière dans les médias locaux qui attire un public de voisinage en plus de sa clientèle internationale.
Pour les galeries situées hors des capitales, la presse locale est encore plus cruciale. Une galerie installée à Lyon, Bordeaux, Marseille, Lille ou Nantes dépend largement du public de proximité pour assurer la fréquentation de ses expositions. La galerie Sator, qui a quitté Paris pour s'installer dans les Deux-Sèvres, a fait de la presse locale un pilier de sa stratégie de communication, obtenant des articles réguliers dans la presse régionale qui ont contribué à faire connaître son projet atypique à un public qui n'aurait jamais consulté un média spécialisé dans l'art contemporain.
02Construire une relation avec les journalistes locaux
La presse locale fonctionne différemment de la presse spécialisée. Les journalistes de quotidiens régionaux ne sont pas des critiques d'art. Ils couvrent la culture au sens large, souvent en plus d'autres domaines comme la politique locale, le sport ou les faits divers. Leur approche de l'art contemporain est celle d'un généraliste curieux qui cherche un angle accessible pour ses lecteurs. Le galeriste qui fournit un dossier de presse incompréhensible, truffé de jargon théorique, a peu de chances d'obtenir un article.
La clé est de raconter une histoire. Un journaliste local s'intéresse à l'artiste en tant que personne, à la genèse de l'exposition, au parcours du galeriste, à l'ancrage de la galerie dans la vie du quartier. Le galeriste qui prépare un communiqué de presse clair, qui propose un angle humain et qui invite le journaliste à venir voir l'exposition avec un café obtient généralement de bien meilleurs résultats que celui qui envoie un PDF formaté de la même manière qu'un communiqué destiné à la presse internationale.
L'invitation personnelle est un outil puissant. Le galeriste qui téléphone au journaliste culture de son quotidien régional pour l'inviter personnellement à un vernissage, qui lui présente l'artiste en personne et qui lui accorde du temps pour répondre à ses questions, construit une relation de confiance qui produira des résultats sur la durée. Le journaliste qui connaît le galeriste pensera à lui spontanément lorsqu'il cherchera un sujet culturel, et il couvrira les expositions suivantes de manière régulière.
03La radio locale, un média sous-estimé
La radio locale est l'un des médias les plus efficaces pour toucher un public de proximité, et pourtant elle est rarement exploitée par les galeries d'art. France Bleu, les radios associatives et les radios locales privées programment régulièrement des rubriques culturelles dans lesquelles les galeristes peuvent intervenir pour parler de leurs expositions. L'avantage de la radio est sa chaleur : la voix du galeriste, son enthousiasme pour l'artiste qu'il présente, sa capacité à raconter une anecdote personnelle créent une proximité avec l'auditeur que l'écrit ne permet pas.
La galerie Nathalie Obadia, qui dispose d'espaces à Paris et Bruxelles, a utilisé la radio comme canal de communication pour toucher un public plus large que celui des médias spécialisés. Un passage de trois minutes dans une matinale de France Bleu Paris peut toucher des dizaines de milliers d'auditeurs qui n'auraient jamais ouvert un magazine d'art contemporain. La préparation de l'intervention est cruciale : le galeriste qui arrive en studio avec trois anecdotes concrètes et une histoire humaine sur l'artiste ou l'exposition capte l'attention de l'auditeur bien plus efficacement que celui qui récite un discours technique sur la démarche artistique.
Le podcast local est une extension récente de ce format. Certaines villes disposent de podcasts culturels animés par des passionnés qui sont ravis de recevoir un galeriste pour une conversation approfondie sur un artiste ou une exposition. L'avantage du podcast est sa durée : là où la radio accorde trois minutes, le podcast permet une conversation de trente minutes ou davantage, ce qui laisse au galeriste le temps de développer son propos et de transmettre sa passion. Le podcast reste accessible en ligne indéfiniment, ce qui lui confère une durée de vie supérieure à celle d'une émission de radio diffusée une seule fois.
04La télévision locale et les webmedias régionaux
La télévision locale et les chaînes de France 3 constituent un canal de communication dont le potentiel est souvent sous-exploité par les galeries. Les éditions régionales de France 3 programment des reportages culturels dans leurs journaux télévisés et dans des magazines dédiés à la vie locale. Un reportage de deux minutes sur un vernissage ou une exposition touche un public large et diversifié qui n'aurait aucune autre occasion de découvrir la galerie.
Les webmedias régionaux se sont multipliés ces dernières années, offrant de nouvelles opportunités de couverture. Des sites comme Rue89 Lyon, Marsactu à Marseille ou Mediacités à Lille publient des articles de fond sur la vie culturelle locale, et leur audience est souvent constituée de lecteurs engagés et curieux qui correspondent parfaitement au profil du visiteur potentiel de galerie. Le galeriste qui entretient une relation avec ces rédactions dispose d'un accès à un public qualifié qui complète celui de la presse traditionnelle.
Le reportage vidéo, même amateur, constitue un contenu que le galeriste peut produire lui-même et diffuser sur ses réseaux sociaux tout en le proposant aux webmedias locaux. Une courte vidéo montrant l'artiste dans son atelier ou le montage d'une exposition possède un pouvoir d'attraction que l'écrit ne peut égaler, et les médias locaux sont souvent preneurs de ce type de contenu pour enrichir leur offre éditoriale en ligne.
05La presse municipale et institutionnelle
Les magazines municipaux et les publications des collectivités territoriales constituent un canal de communication souvent ignoré. Le magazine de la ville, distribué gratuitement dans les boîtes aux lettres, est lu par une proportion importante de la population locale. Obtenir un article dans ce support — généralement un portrait du galeriste ou une présentation de la programmation de la saison — offre une visibilité auprès d'un public large et diversifié.
Le galeriste qui participe activement à la vie culturelle de sa commune, qui collabore avec le service culturel de la mairie, qui propose des ateliers ou des visites guidées pour les scolaires, est naturellement couvert par la presse municipale. Cette implication dans la vie locale n'est pas seulement une stratégie de communication : elle ancre la galerie dans le tissu social de son territoire et la rend indispensable à l'écosystème culturel local.
La galerie des Filles du Calvaire, installée dans le Marais à Paris, a longtemps entretenu une relation étroite avec les acteurs culturels de l'arrondissement, ce qui lui assurait une couverture régulière dans les supports de communication de la Mairie du troisième arrondissement. La galerie Poggi, également dans le Marais, participe aux événements culturels de quartier qui lui assurent une visibilité locale récurrente.
06Les réseaux sociaux locaux comme prolongement
La stratégie de presse locale se prolonge naturellement sur les réseaux sociaux. Les comptes Instagram et Facebook des villes, des offices de tourisme, des associations culturelles locales et des médias locaux constituent des relais de communication gratuits et efficaces. Le galeriste qui tague ces comptes dans ses publications, qui participe à leurs événements et qui partage leurs contenus crée un réseau de visibilité croisée qui amplifie la portée de chaque action de communication.
Les groupes Facebook locaux, les pages de quartier et les communautés en ligne géographiquement ciblées permettent de toucher des publics très spécifiques. Un galeriste qui annonce un vernissage dans le groupe Facebook de son quartier ou de sa ville touche des personnes qui sont physiquement proches de la galerie et qui sont susceptibles de s'y rendre spontanément.
L'efficacité de cette stratégie repose sur la régularité. Un galeriste qui ne communique avec les médias locaux qu'une fois par an pour son exposition principale passe à côté de la relation continue qui est le fondement de la visibilité de proximité. C'est en entretenant un dialogue permanent avec les médias et les acteurs culturels locaux que la galerie s'installe durablement dans le paysage culturel de son territoire.
07Combiner local et international
La presse locale et la presse internationale ne sont pas contradictoires, elles sont complémentaires. Le galeriste qui obtient un article dans Le Monde ou dans Artforum peut le relayer auprès des médias locaux, pour qui la reconnaissance internationale d'un acteur local est un sujet en soi. Inversement, la couverture locale régulière d'une galerie témoigne de son ancrage territorial, ce qui intéresse les journalistes internationaux qui cherchent des angles originaux.
La galerie Chantal Crousel, basée à Paris, combine une présence dans la presse spécialisée internationale avec une attention soutenue aux médias locaux parisiens. Cette double stratégie lui permet de toucher à la fois les collectionneurs internationaux qui lisent les revues spécialisées et les amateurs parisiens qui suivent l'actualité culturelle de la capitale. La galerie Templon adopte une approche similaire, en s'assurant que chaque exposition fait l'objet d'une communication à la fois vers les médias spécialisés et vers les médias locaux de ses différentes implantations.
Le galeriste qui accueille un artiste de renom international peut proposer une interview exclusive au média local, créant un événement pour la communauté de proximité tout en bénéficiant de la notoriété de l'artiste. L'artiste international exposé dans une galerie de province est un sujet qui intéresse le journaliste local parce qu'il crée un pont entre le global et le local, entre le monde de l'art international et le territoire dans lequel la galerie est ancrée.
08Construire un plan de communication annuel
La stratégie de presse locale gagne en efficacité lorsqu'elle s'inscrit dans un plan de communication structuré. Le galeriste qui établit, en début de saison, un calendrier de ses communications avec les médias locaux — un communiqué par exposition, une invitation par vernissage, un portrait par saison — dispose d'un cadre qui empêche la communication de passer au second plan lorsque le quotidien de la galerie absorbe toute son attention.
Ce plan peut être modeste mais il doit être régulier. Le galeriste qui envoie un communiqué de presse pour chacune de ses expositions, qui invite les journalistes locaux à chaque vernissage et qui propose une ou deux fois par an un sujet de fond sur la vie de la galerie, construit progressivement une visibilité qui finit par devenir automatique. Les journalistes locaux prennent l'habitude de couvrir la galerie, les lecteurs prennent l'habitude de voir son nom dans le journal, et cette familiarité se traduit en fréquentation.
Pour les galeries présentes sur Artedusa, la presse locale peut être dirigée vers la page de la galerie sur la plateforme, où les lecteurs de l'article local peuvent découvrir l'ensemble de la programmation et des oeuvres disponibles, prolongeant ainsi la visite physique par une exploration numérique.
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