L’encre et le sable : Quand l’art du moyen-orient réécrit l’histoire
Le 15 février 2011, alors que les rues du Caire grondent sous les cris de la révolution, une image traverse les réseaux sociaux à la vitesse d’un souffle de khamsin. Sur un mur décrépi de la place Tahrir, une silhouette féminine en niqab noir se détache, son voile transformé en kaléidoscope de couleurs vives. L’artiste égyptien Ganzeer vient d’y peindre La Liberté, une œuvre éphémère qui deviendra l’emblème d’un printemps arabe déjà en train de s’essouffler. Ce jour-là, entre les gaz lacrymogènes et les slogans, quelque chose d’autre se joue : l’art moyen-oriental contemporain cesse d’être un objet d’étude pour devenir un langage universel, une arme politique, une prière silencieuse gravée dans le béton.
Par Artedusa
••15 min de lectureCe n’est pas un hasard si cette scène se déroule au Caire. La ville, comme Beyrouth, Istanbul ou Dubaï, est devenue l’un de ces laboratoires où s’invente, depuis trois décennies, une esthétique qui défie les frontières. Une esthétique où la calligraphie arabe se mêle aux pixels, où les décombres des guerres civiles deviennent des sculptures, où le pétrole saoudien se transforme en oracles futuristes. Ces artistes, souvent formés entre Paris et New York, Téhéran et Berlin, parlent une langue visuelle qui résonne bien au-delà des minarets et des souks. Leur matière première ? Les cicatrices de l’Histoire, mais aussi cette lumière crue du désert qui, comme le disait l’écrivain libanais Amin Maalouf, "révèle les choses en les brûlant".
Plongeons dans ces galeries où l’on expose moins des tableaux que des fragments de mémoire, où chaque exposition est une négociation avec le passé, et où l’art, finalement, devient le seul territoire où l’on peut encore rêver en paix.
01Les fantômes de la guerre civile : quand Beyrouth réinvente la mémoire
Imaginez un appartement beyrouthin des années 1980, ses murs criblés d’impacts de balles, son balcon donnant sur une ville en lambeaux. C’est dans ce décor que Walid Raad, alors jeune étudiant en photographie, commence à collectionner des images qui n’existent pas. Des clichés flous de voitures piégées, des portraits de miliciens jamais identifiés, des cartes postales montrant des paysages qui n’ont jamais été pris. En 1989, il invente The Atlas Group, une organisation fictive chargée d’archiver la guerre du Liban. Pendant quinze ans, Raad produit des "documents" si convaincants que des historiens les citent dans leurs travaux. Ses vidéos, comme Hostage: The Bachar Tapes, mêlent témoignages réels et fictions, brouillant délibérément les frontières entre vérité et mensonge.
Ce jeu avec l’archive n’est pas qu’un exercice de style. Il répond à une urgence : au Liban, comme en Syrie ou en Irak, les guerres ont détruit les musées, les bibliothèques, les registres d’état civil. Les artistes deviennent alors les derniers gardiens d’une mémoire en miettes. Akram Zaatari, cofondateur de la Arab Image Foundation, passe des années à collecter des négatifs abandonnés dans les studios de photographie de Saïda et de Tripoli. Ses installations, comme Dance to the End of Love, reconstituent des histoires d’amour et de résistance à partir de ces fragments sauvés de l’oubli. "Chaque photo est un trou de serrure, explique-t-il. Derrière, il y a un monde qui a disparu, mais aussi des gens qui ont continué à vivre, à danser, à aimer."
À Beyrouth, la guerre n’est pas seulement un sujet, c’est une matière première. Les galeries comme Agial ou Sfeir-Semler exposent des œuvres où le béton, la rouille et les éclats de verre deviennent des mediums à part entière. L’artiste Ayman Baalbaki, dont les toiles monumentales représentent des miliciens masqués, utilise des pigments mélangés à de la poussière de chantier. Ses portraits, à la fois héroïques et monstrueux, semblent surgir des murs mêmes de la ville. "Beyrouth est une toile vivante, dit-il. Chaque coup de pinceau est une cicatrice qui se referme."
02Dubaï, capitale improbable : quand le désert devient une galerie à ciel ouvert
Si Beyrouth est la ville des cicatrices, Dubaï est celle des mirages. Dans les années 2000, alors que la skyline de la ville se hérisse de gratte-ciel toujours plus audacieux, une poignée de galeristes parie sur un pari fou : faire de ce désert pétrolier la nouvelle Mecque de l’art contemporain. En 2005, The Third Line ouvre ses portes dans un entrepôt de Al Quoz, un quartier industriel où les ateliers d’artistes côtoient les usines de climatisation. Son fondateur, Sunny Rahbar, mise sur des artistes comme Hassan Hajjaj, dont les portraits pop de femmes marocaines en djellabas colorées deviennent des icônes. "À Dubaï, l’art doit être aussi spectaculaire que les buildings, explique-t-elle. Mais il doit aussi raconter autre chose : les histoires de ceux qui construisent cette ville sans jamais y être visibles."
Le vrai tournant arrive en 2007 avec Art Dubai, une foire qui se tient sous des tentes climatisées, entre des stands où l’on sert du thé à la menthe et des œuvres valant des millions. Contrairement à Bâle ou Miami, Art Dubai mise sur une programmation résolument régionale, avec une section dédiée aux galeries du Moyen-Orient et de l’Afrique. "Ici, l’art n’est pas un luxe, c’est une nécessité, affirme Antonia Carver, directrice de la foire. Dans des pays où la liberté d’expression est limitée, les artistes deviennent les seuls à pouvoir dire l’indicible."
Prenez Farhad Moshiri, dont les toiles brodées de perles et de strass représentent des mots comme "LOVE" ou "DREAM". À première vue, ses œuvres semblent kitsch, presque naïves. Pourtant, en y regardant de plus près, on découvre que les perles sont disposées de manière à former des calligraphies persanes, des poèmes d’amour du XIIe siècle. "Le strass, c’est la surface, explique-t-il. La calligraphie, c’est ce qui se cache dessous." Son œuvre Eshgh (Love), vendue 1,2 million de dollars en 2012, est devenue un symbole de cette génération d’artistes qui jouent avec les clichés pour mieux les subvertir.
Mais Dubaï n’est pas qu’un marché. C’est aussi un terrain de jeu pour des artistes qui repoussent les limites du médium. Dans les studios de Alserkal Avenue, un complexe artistique installé dans d’anciens entrepôts, on croise des œuvres qui semblent tout droit sorties d’un roman de science-fiction. Monira Al Qadiri, une Koweïtienne formée à Tokyo, crée des sculptures en fibre de verre inspirées des derricks pétroliers. Ses Crude (2013) ressemblent à des organismes extraterrestres, mi-minéraux, mi-vivants. "Le pétrole, c’est le sang de nos pays, dit-elle. Mais c’est aussi une malédiction. Mes sculptures parlent de cette dépendance, de cette beauté monstrueuse."
03Istanbul, carrefour des ombres : quand l’art turc dialogue avec l’Orient et l’Occident
Il suffit de traverser le Bosphore pour comprendre pourquoi Istanbul est devenue, en quelques années, l’une des capitales artistiques les plus excitantes du monde. La ville est un palimpseste où se superposent les empires byzantin, ottoman et républicain, où les mosquées côtoient les galeries d’art contemporain, où l’on peut boire un thé en regardant une installation vidéo de Kutluğ Ataman. "Istanbul est une ville schizophrène, explique la curatrice Fulya Erdemci. Elle regarde à la fois vers l’Europe et vers l’Asie, vers le passé et vers le futur. Les artistes turcs ont appris à naviguer entre ces tensions."
Prenez Nil Yalter, une pionnière de l’art féministe et postcolonial. Née en Égypte en 1938, elle s’installe à Istanbul dans les années 1960 avant de rejoindre Paris. Ses œuvres, comme Topak Ev (1973), mêlent photographies, dessins et textes pour raconter les histoires des femmes turques, kurdes et immigrées. "Elle a été l’une des premières à utiliser l’art comme un outil politique, explique la galeriste Övül Durmuşoğlu. Ses installations parlent de migration, de genre, de classe, bien avant que ces sujets ne deviennent à la mode."
Aujourd’hui, la scène stambouliote est dominée par des artistes qui explorent les zones grises de l’identité. Hrair Sarkissian, un Syrien installé à Londres, photographie des paysages urbains vides, comme ces places publiques de Damas ou d’Alep où plus personne ne se rassemble. Ses images, d’une beauté glaçante, parlent de l’absence, de la disparition. "Je ne montre pas la guerre, dit-il. Je montre ce qu’elle laisse derrière elle : des villes fantômes, des mémoires effacées."
Mais Istanbul, c’est aussi une ville où l’art se vit dans la rue. Depuis les années 2000, des collectifs comme Hafriyat ou PiST transforment des bâtiments abandonnés en espaces d’exposition éphémères. En 2013, lors des manifestations de Gezi Park, les murs de la ville se couvrent de graffitis, de slogans, de portraits de manifestants. L’artiste Erdem Gündüz, connu pour sa performance Standing Man, devient un symbole de la résistance pacifique. "À Istanbul, l’art n’est jamais loin de la politique, explique la critique d’art Kaya Genç. Il est à la fois un miroir et une arme."
04Téhéran underground : l’art comme acte de résistance
Dans les ruelles étroites du quartier de Darakeh, à Téhéran, une galerie clandestine expose des œuvres qui ne pourraient jamais être montrées dans les institutions officielles. Ici, pas de cimaises blanches ni de cartels explicatifs, mais des toiles accrochées aux murs décrépis d’une maison traditionnelle, entre des tapis persans et des théières en argent. Bienvenue à Aaran Gallery, l’un des rares espaces où l’art contemporain iranien peut s’exprimer librement, malgré la censure.
L’Iran est un cas unique : un pays où l’art est à la fois célébré et réprimé, où les calligraphies de Reza Abedini côtoient les performances interdites de Barbad Golshiri. Dans les années 1990, alors que le pays sort à peine de la guerre avec l’Irak, une génération d’artistes se tourne vers l’art conceptuel pour contourner les interdits. "En Iran, l’art doit être subtil, explique la galeriste Nazila Noebashari. On ne peut pas critiquer directement le régime, alors on utilise des métaphores, des symboles."
Prenez les photographies de Shirin Neshat. Dans sa série Women of Allah (1993-1997), des femmes voilées portent des fusils, leurs visages et leurs mains couverts de calligraphies persanes. À première vue, ces images semblent célébrer la révolution islamique. Pourtant, en y regardant de plus près, on découvre que les textes sont des poèmes de Forough Farrokhzad, une poétesse féministe censurée par le régime. "Neshat joue avec les attentes de l’Occident, explique la critique d’art Negar Azimi. Elle montre des femmes fortes, mais aussi prisonnières d’un système qu’elles ne contrôlent pas."
Aujourd’hui, la jeune génération d’artistes iraniens utilise les nouvelles technologies pour contourner la censure. Morehshin Allahyari, une Iranienne installée aux États-Unis, recrée en impression 3D des artefacts détruits par Daech. Ses sculptures, comme Material Speculation: ISIS (2015), sont à la fois des hommages et des actes de résistance. "L’art, pour nous, c’est une façon de dire : vous pouvez détruire nos temples, mais pas nos idées."
05Le Louvre Abu Dhabi : quand l’art devient un pont entre les civilisations
Le 11 novembre 2017, sous une pluie battante, Emmanuel Macron et Mohammed ben Zayed inaugurent le Louvre Abu Dhabi. Ce jour-là, sous la coupole ajourée de Jean Nouvel, qui filtre la lumière du désert comme une dentelle d’or, quelque chose d’inattendu se produit. Pour la première fois, des œuvres de Picasso, de Léonard de Vinci et de Cy Twombly dialoguent avec des calligraphies arabes, des manuscrits persans et des sculptures africaines. "Ce musée n’est pas une copie du Louvre, explique son directeur, Manuel Rabaté. C’est une réinvention de l’idée même de musée universel."
L’exposition inaugurale, Globes: Visions of the World, présente des cartes anciennes aux côtés d’œuvres contemporaines. On y voit une mappemonde du XIIe siècle, où La Mecque est au centre du monde, côtoyer une toile de l’artiste saoudien Ahmed Mater, Magnetism (2012), qui représente une mosquée miniature attirant des particules de fer comme une force magnétique. "Mater parle de la religion comme d’une énergie, explique Rabaté. Pas comme d’un dogme, mais comme d’une force qui attire et repousse à la fois."
Le Louvre Abu Dhabi est aussi un laboratoire pour les artistes de la région. En 2019, il commande à l’artiste émiratie Zeinab Al Hashemi une installation monumentale, Flying Carpet, inspirée des motifs des tapis persans. Suspendue dans le grand hall, l’œuvre semble flotter comme un rêve, ses fils métalliques captant la lumière du soleil. "Ici, l’art n’est pas une décoration, dit Al Hashemi. C’est une façon de réécrire notre histoire, de montrer que nous ne sommes pas seulement les héritiers du pétrole, mais aussi de civilisations millénaires."
Pourtant, le musée n’échappe pas aux critiques. Certains lui reprochent d’être un outil de "soft power" pour les Émirats, un pays où la liberté d’expression reste limitée. "Le Louvre Abu Dhabi est un miroir, répond Rabaté. Il reflète à la fois nos ambitions et nos contradictions. Mais c’est aussi un lieu où, pour la première fois, des œuvres du Moyen-Orient sont exposées à égalité avec celles de l’Occident. C’est déjà une révolution."
06Les nouveaux alchimistes : quand l’art moyen-oriental invente ses propres matériaux
Dans un atelier de Casablanca, Hassan Hajjaj transforme des boîtes de conserve en cadres dorés, des tapis berbères en toiles de fond pour ses portraits pop. À Doha, Faraj Daham utilise de la poudre de safran et du henné pour créer des peintures qui sentent l’épice et la terre. À Istanbul, Refik Anadol nourrit des algorithmes avec des millions de données urbaines pour générer des paysages numériques hallucinés. Partout au Moyen-Orient, les artistes réinventent les matériaux, mélangeant traditions et technologies pour créer une esthétique radicalement nouvelle.
Prenez Nadia Kaabi-Linke, une Tunisienne installée à Berlin. Ses œuvres, comme Flying Carpets (2011), sont faites de poussière et de fil de fer. Pour les réaliser, elle passe des heures à balayer les sols des aéroports et des gares, recueillant les traces invisibles des voyageurs. "La poussière, c’est ce que nous laissons derrière nous, explique-t-elle. C’est à la fois une mémoire et une disparition." Ses tapis volants, suspendus dans les galeries, semblent flotter comme des fantômes, rappelant les migrations, les exils, les rêves brisés.
D’autres artistes explorent les possibilités de la calligraphie, cet art millénaire qui, depuis les années 1990, est devenu un terrain de jeu pour les avant-gardes. eL Seed, un Franco-Tunisien, recouvre les murs des villes de fresques monumentales où les lettres arabes s’entrelacent pour former des messages politiques. En 2012, il peint une fresque géante sur les murs d’un quartier pauvre du Caire, visible depuis la citadelle de Saladin. "La calligraphie, c’est une langue universelle, dit-il. Elle parle à ceux qui savent lire, mais aussi à ceux qui ne savent pas."
Mais c’est peut-être dans le domaine du numérique que les innovations sont les plus spectaculaires. L’artiste turc Refik Anadol utilise l’intelligence artificielle pour transformer des données en œuvres d’art. Son installation Machine Hallucinations (2021), présentée au MoMA, est une plongée dans un univers onirique généré à partir de millions d’images de New York. "L’IA n’est pas une menace, dit-il. C’est un nouveau médium, comme la peinture ou la sculpture. Elle nous permet de voir le monde différemment."
07L’art comme exorcisme : quand les artistes transforment la douleur en beauté
En 2016, alors que la guerre en Syrie entre dans sa sixième année, l’artiste syrien Tammam Azzam superpose une reproduction du Baiser de Gustav Klimt sur une photo de bâtiments détruits à Damas. L’œuvre, intitulée Freedom Graffiti, devient virale. Elle résume à elle seule le pouvoir de l’art moyen-oriental contemporain : transformer la douleur en beauté, le chaos en poésie.
Cette capacité à métamorphoser la souffrance n’est pas nouvelle. Dans les années 1980, alors que la guerre civile déchire le Liban, Etel Adnan peint des toiles abstraites où les couleurs semblent exploser comme des bombes. "La peinture était mon exorcisme, explique-t-elle. Chaque coup de pinceau était une façon de survivre." Ses Leporellos, ces livres accordéon où se mêlent calligraphies et paysages, sont devenus des objets cultes, exposés au MoMA et au Centre Pompidou.
Aujourd’hui, une nouvelle génération d’artistes utilise l’art comme une thérapie collective. Au Yémen, où la guerre a détruit des villes entières, des collectifs comme Ruya Maps documentent les traces de la destruction à travers des installations sonores et des photographies. En Palestine, Emily Jacir crée des œuvres qui donnent la parole à ceux qui n’en ont pas. Son projet Where We Come From (2001-2003) est un acte de résistance poétique : elle demande à des Palestiniens en exil ce qu’ils feraient s’ils pouvaient retourner dans leur pays, puis réalise ces actions à leur place. "L’art, pour nous, c’est une façon de dire : nous existons, dit-elle. Même si le monde nous ignore."
Mais l’exorcisme le plus puissant vient peut-être de ces artistes qui transforment les objets du quotidien en symboles de résistance. Mona Hatoum, une Palestinienne installée à Londres, utilise des ustensiles de cuisine pour créer des installations qui parlent de l’enfermement. Dans Homebound (2000), des fils électriques relient des objets domestiques – une chaise, une table, une passoire – créant un réseau de tensions invisibles. "La maison, pour moi, c’est à la fois un refuge et une prison, explique-t-elle. C’est le lieu où l’on se sent en sécurité, mais aussi celui où l’on est le plus vulnérable."
08Épilogue : l’art comme dernier territoire libre
En 2023, alors que les printemps arabes se sont transformés en hivers autoritaires, que les guerres continuent de ravager la Syrie et le Yémen, que les pétromonarchies du Golfe resserrent leur emprise sur la culture, une question se pose : l’art moyen-oriental contemporain a-t-il encore un avenir ? La réponse se trouve peut-être dans les ateliers clandestins de Téhéran, dans les galeries éphémères de Beyrouth, dans les studios numériques de Dubaï. Partout, des artistes continuent de créer, malgré la censure, malgré les bombes, malgré l’indifférence.
"L’art, c’est le dernier territoire où nous sommes libres, dit Monira Al Qadiri. Même si nos œuvres sont censurées, même si nos expositions sont fermées, nous continuons à rêver." Son dernier projet, Divine Memory (2020), est une installation vidéo où des derricks pétroliers se transforment en créatures mythologiques. "Le pétrole, c’est notre malédiction, dit-elle. Mais c’est aussi notre héritage. Nous devons le réinventer."
Peut-être est-ce là la clé : réinventer. Réinventer les matériaux, les histoires, les mémoires. Réinventer un langage qui parle à la fois aux souks de Marrakech et aux galeries de Chelsea. Réinventer, enfin, un Moyen-Orient qui n’existe plus que dans les rêves de ceux qui refusent de se taire.
Alors la prochaine fois que vous croiserez une toile de Farhad Moshiri, une installation de Mona Hatoum ou une vidéo de Shirin Neshat, souvenez-vous : ces œuvres ne sont pas seulement des objets d’art. Ce sont des fragments de résistance, des prières silencieuses, des cartes postales envoyées depuis des territoires en guerre. Et si vous tendez l’oreille, vous entendrez peut-être, derrière les couleurs et les formes, le murmure d’une révolution qui n’a pas encore dit son dernier mot.