Quand un média te contacte : transformer l'interview en levier de vente
Ton téléphone sonne ou un email arrive : un journaliste veut te parler de ton travail. Pour beaucoup d'artistes, c'est un moment de panique. Qu'est-ce que je dis ? Comment je m'habille ? Et s'il déforme mes propos ? Cette anxiété est compréhensible mais contre-productive. Une interview est l'un des outils de vente les plus puissants à ta disposition, et la plupart des artistes la gaspillent parce qu'ils ne se préparent pas. L'article qui en résulte va être lu par des centaines, parfois des milliers de personnes, parmi lesquelles se trouvent des acheteurs potentiels. La question n'est pas de savoir si tu dois accepter l'interview, mais comment l'exploiter au maximum.
Par Artedusa
••9 min de lecture01Comprendre ce que le journaliste cherche
Un journaliste qui te contacte à un article a écrire, un format à remplir, une deadline à respecter. Il ne vient pas te rendre hommage. Il cherche un sujet intéressant pour ses lecteurs. Comprendre cette dynamique changé complètement ta manière d'aborder l'échange. Le journaliste n'est ni ton ami ni ton ennemi. C'est un professionnel qui fait son travail, et ton intérêt est de l'aider à bien le faire.
Le journaliste a besoin de trois choses : une histoire, des images, et des citations. L'histoire, c'est ce qui rend ton parcours ou ton travail singulier, ce qui le distingue des centaines d'artistes qui exposent chaque mois. Les images, ce sont tes oeuvres photographiées en haute qualité, mais aussi des photos de toi dans ton atelier, en train de travailler. Les citations, ce sont des phrases mémorables que tu prononcés pendant l'interview et que le journaliste pourra utiliser comme accrochés dans son article.
L'artiste Ai Weiwei est un maître de la citation journalistique. Chaque interview qu'il donne produit des phrases qui sont reprises par les médias du monde entier. Ce n'est pas du hasard : Ai Weiwei préparé ses interventions publiques avec une conscience aiguë de la manière dont ses mots seront utilisés. L'artiste Tracey Emin est également remarquable dans cet exercice. Ses interviews sont mémorables parce qu'elle parle de son travail avec une franchise et une vivacité qui captivent le lecteur. Tu n'as pas besoin de leur niveau de médiatisation pour appliquer le même principe.
02Préparer l'interview en amont
La préparation est là différence entre une interview qui fait vendre et une interview qui ne sert à rien. Avant l'échange, renseigne-toi sur le media qui te contacte. Lis les articles récents du journaliste. Comprends le public qu'il touche. Un article dans un magazine de décoration ne se prépare pas comme un article dans un média d'art contemporain. Un article dans un quotidien régional ne s'aborde pas comme un portrait dans une revue internationale.
Prépare trois messages clés que tu veux faire passer, quelle que soit la direction que prend la conversation. Ces messages doivent être simples, concrets et mémorables. "Mon travail explore la mémoire collective à travers les objets du quotidien" est vague et oubliable. "Je collecte des objets abandonnés dans les vide-greniers et je les transforme en sculptures qui racontent l'histoire des gens qui les ont possédés" est concret et donne envie d'en savoir plus. Là différence entre ces deux formulations est là différence entre un article qui génère de la curiosité et un article qui tombe à plat.
L'artiste Kiki Smith, dont le travail est exposé au MoMA, au Centre Pompidou et au Whitney Museum, est connue pour sa capacité à parler de son travail de manière accessible sans le simplifier. Elle utilise des images concrètes et des anecdotes personnelles qui rendent sa démarche tangible pour un public non spécialisé. Le peintre David Hockney fait de même : ses interviews sont des masterclass de communication artistique parce qu'il parle de couleur, de lumière et de paysage en termes que tout le monde comprend.
03Les phrases qui vendent sans avoir l'air de vendre
L'erreur la plus commune est de parler de son travail en termes exclusivement techniques ou conceptuels. Les lecteurs d'un article de presse ne sont pas des commissaires d'exposition. Ils veulent comprendre ce que tu fais, pourquoi tu le fais, et pourquoi cela devrait les concerner. Si tu parles comme un dossier de candidature pour une bourse du CNAP, tu perdras la moitié de tes lecteurs dès le deuxième paragraphe.
Les phrases qui génèrent des ventes sont celles qui créent une connexion émotionnelle. "Chaque toile me prend trois semaines de travail" donne une idée du temps investi et justifie le prix sans le mentionner. "Les gens me disent souvent que cette série leur rappelle la maison de leurs grands-parents" crée une résonance affective qui donne envie de posséder l'œuvre. "J'utilise des pigments que je fabrique moi-même à partir de terres que je collecte en Provence" ajoute une dimension narrative et artisanale qui distingue ton travail de la production industrielle.
L'artiste Theaster Gates parle de son travail avec une éloquence qui transforme chaque interview en événement. Il connecté ses œuvres à des questions sociales concrètes — la régénération urbaine, l'histoire afro-américaine, la valeur des matériaux négligés — et chaque phrase qu'il prononce donne envie de voir et de posséder son travail. Tu n'as pas besoin d'être aussi charismatique, mais tu peux travailler tes formulations pour qu'elles soient vivantes et evocatrices plutôt qu'abstraites et opaques.
04Mentionner où trouver ton travail
C'est le point le plus important et celui que les artistes oublient le plus souvent. Si un lecteur est touché par l'article et veut découvrir où acheter ton travail, il doit savoir où aller. Mentionne ton site, ta galerie, ta présence en ligne de manière naturelle pendant l'interview. Ne compte pas sur le journaliste pour le faire à ta place.
La formule la plus efficace est de l'intégrer dans une réponse : "En ce moment, mes dernières œuvres sont visibles sur mon profil en ligne et j'ai une exposition prévue en septembre au centre d'art de ma ville" est infiniment plus efficace que de ne rien dire et d'espérer que le journaliste pensera à inclure tes coordonnées. Le galeriste David Zwirner forme ses artistes a toujours mentionner une prochaine échéance — exposition, publication, foire — lors de chaque apparition médiatique. C'est un réflexe professionnel que tu peux adopter dès maintenant. Chaque interview est une occasion de diriger du trafic vers l'endroit où l'on peut acheter ton travail.
Demande au journaliste s'il est possible d'inclure un lien vers ton site ou ta boutique en ligne dans l'article. La plupart des publications en ligne acceptent sans difficulté, et ce lien devient un canal d'acquisition direct qui continue à fonctionner longtemps après la publication.
05Fournir un dossier de presse professionnel
Après l'interview, envoie au journaliste un dossier contenant des images haute résolution de tes oeuvres, ta biographie en quelques lignes, et les informations pratiques pour voir où acheter ton travail. Ce dossier fait gagner du temps au journaliste et augmente les chances que l'article soit illustre avec tes meilleures œuvres plutôt qu'avec une photo floue prise à la va-vite avec un téléphone.
L'artiste Yinka Shonibare, représenté par la galerie Stephen Friedman à Londres et dont les œuvres sont dans les collections du Tate, du MoMA et du Smithsonian, fournit systématiquement un dossier de presse mis à jour pour chaque sollicitation media. Ce professionnalisme se traduit directement dans la qualité de la couverture qu'il reçoit. Les journalistes sont des professionnels déborder : plus tu leur facilités le travail, meilleur sera le résultat.
Un dossier de presse n'a pas besoin d'être sophistiqué. Un document de quelques pages au format numérique, avec cinq à dix images de qualité, un texte de présentation clair, et tes coordonnées complètes, suffit largement. Mets-le à jour au moins une fois par an et envoie-le systématiquement après chaque interview.
06Capitaliser sur l'article après sa publication
L'article est publié. C'est le début du travail, pas la fin. Partage-le sur tous tes canaux : réseaux sociaux, newsletter, site personnel. Envoie-le aux collectionneurs qui connaissent déjà ton travail — ils apprecieront de voir que ton parcours est reconnu par les médias. Envoie-le aussi aux galeries avec lesquelles tu aimerais travailler. Un article dans un média crédible est une carte de visite plus efficace qu'un email de candidature non sollicité.
Intègre l'article dans ta page de presse en ligne. Chaque nouvel article renforce ta crédibilité auprès des prochains acheteurs, des institutions et des galeristes. L'artiste Zanele Muholi, photographe sud-africaine exposée à la Tate Modern et au Stedelijk Museum d'Amsterdam, maintient une documentation presse exhaustive qui accompagne chaque proposition commerciale ou institutionnelle.
L'article a aussi une valeur de long terme pour le référencement. Un acheteur potentiel qui découvre ton travail dans six mois et qui tape ton nom dans un moteur de recherche tombera sur cet article. S'il est bien écrit et publié dans un média crédible, il sera plus enclin à acheter qu'un acheteur qui ne trouve aucune trace médiatique de ton existence.
07Gérer les sollicitations récurrentes
Si un premier article génère de l'intérêt, d'autres médias suivront. C'est un effet boule de neige : les journalistes lisent les articles de leurs confrères, et un artiste qui est mentionné dans un média à plus de chances d'être contacté par un autre. Chaque nouvelle sollicitation est une opportunité, mais aussi un investissement en temps. Apprends à évaluer le retour potentiel de chaque interview.
L'artiste JR reçoit des centaines de sollicitations par mois. Son équipe trie et priorise en fonction de l'audience, du positionnement du média, et de la pertinence avec ses projets en cours. À ton échelle, tu peux appliquer la même logique : privilégie les médias dont le public correspond à ton profil d'acheteur. Un article dans un magazine de décoration lu par des personnes qui cherchent des oeuvres pour leur intérieur vaut peut-être plus pour toi qu'un article dans une revue d'art lue par des commissaires d'exposition.
08Faire de chaque interview un investissement durable
Une interview bien préparée et bien exploitée peut générer des ventes pendant des mois, voire des années. L'article resté en ligne, il est indexe par les moteurs de recherche, il apparaît quand quelqu'un tape ton nom. Chaque interview est une brique supplémentaire dans la construction de ta réputation et de ta visibilité.
N'oublie pas non plus les podcasts. De plus en plus de médias culturels produisent des formats audio, et une conversation de trente minutes dans un podcast dédié à l'art ou à la création donne une profondeur que l'article écrit ne permet pas toujours. Le format conversationnel permet de raconter des anecdotes, de partager des doutes et des victoires, de créer une intimité avec l'auditeur qui est un futur acheteur. L'artiste Grayson Perry, dont les interventions publiques et médiatiques sont légendaires, a compris très tôt que chaque format de media est une opportunité différente de toucher un public différent.
Artedusa te donne l'espace où renvoyer les lecteurs et les auditeurs qui découvrent ton travail à travers un article de presse ou un podcast. Ta page artiste présente l'ensemble de tes oeuvres disponibles, avec des informations complètes et un parcours d'achat professionnel. Quand un journaliste écrit sur toi, quand un lecteur tape ton nom après avoir lu l'article, il tombe sur une vitrine à la hauteur de ton travail. C'est cette cohérence entre ta présence médiatique et ta présence en ligne qui convertit la visibilité en ventes. Construis cette vitrine sur artedusa.com.
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