Le matériel indispensable pour accrocher une exposition soi-même
Accrocher une exposition est un geste fondateur dans la vie d'une galerie. C'est le moment où les oeuvres quittent les cartons et les portfolios pour prendre place sur les murs, où la vision curatoriale devient tangible, où l'espace se transforme en proposition artistique. Pour le jeune galeriste qui ouvre son premier espace, cet accrochage est aussi un défi pratique considérable. Faire appel à un monteur d'exposition professionnel coûte entre 200 et 500 euros par jour, auxquels s'ajoutent souvent les frais de déplacement et de matériel. Pour une galerie qui organise six à huit expositions par an, ce poste représente un budget annuel de 2 000 à 6 000 euros que la trésorerie de démarrage peut difficilement absorber.
Par Artedusa
••9 min de lectureLa solution, adoptée par la majorité des galeristes en début de carrière, consiste à accrocher soi-même. La galerie Sultana à Paris, devenue l'un des espaces les plus remarqués de la scène émergente, a été accrochée par ses fondateurs pendant ses premières années d'existence. La galerie Sator, également à Paris, a suivi le même chemin. Cette autonomie technique n'est pas un pis-aller : elle permet au galeriste de développer une intimité avec l'espace et les oeuvres qui nourrit sa pratique curatoriale. Mais elle suppose de disposer du matériel adéquat. Voici la liste complète de ce dont vous avez besoin, avec les gammes de prix et les choix qui s'offrent à vous.
01Les outils de mesure et de traçage
La précision est la première qualité d'un accrochage réussi. Un tableau penché d'un demi-degré, un espacement irrégulier entre deux oeuvres, une hauteur de centre décalée de quelques centimètres : ces imperfections, à peine perceptibles individuellement, créent un malaise global qui nuit à la perception des oeuvres et à la crédibilité de la galerie. Le matériel de mesure est donc votre premier investissement.
Un mètre laser est l'outil qui vous fera gagner le plus de temps. Il mesure instantanément les distances avec une précision au millimètre, que ce soit la largeur d'un mur, la distance entre deux points de fixation ou la hauteur du centre d'une oeuvre. Les modèles d'entrée de gamme coûtent entre 30 et 50 euros et sont amplement suffisants pour un usage en galerie. Un mètre ruban classique de cinq mètres reste indispensable en complément, pour les mesures de proximité et les vérifications rapides. Comptez entre 5 et 15 euros pour un modèle de qualité correcte.
Un niveau à bulle de 60 centimètres est indispensable pour vérifier l'horizontalité de chaque oeuvre après accrochage. Les niveaux courts (20 ou 30 centimètres) sont moins fiables car l'erreur de lecture est proportionnellement plus importante. Un niveau laser, qui projette une ligne horizontale sur le mur, est un investissement supplémentaire (entre 40 et 80 euros pour un modèle correct) qui se justifie pleinement si vous accrochez régulièrement des séries d'oeuvres alignées sur une même horizontale. La galerie Nathalie Obadia utilise un niveau laser pour chacun de ses accrochages, garantissant une rigueur d'alignement qui contribue à la qualité de présentation de son programme.
Un crayon de papier tendre (type 2B) et un rouleau de ruban de masquage (scotch de peintre) complètent le kit de traçage. Le crayon marque les emplacements des fixations sur le mur, et le ruban de masquage permet de protéger les surfaces, de marquer des repères temporaires et de maintenir provisoirement des éléments légers pendant la phase de positionnement.
02Les outils de perçage et de fixation
Le perçage des murs est l'étape qui intimide le plus les galeristes débutants. La crainte d'endommager un mur, de tomber sur un câble électrique ou de constater que la cheville ne tient pas est compréhensible. Quelques précautions simples permettent de travailler en confiance.
Une perceuse visseuse sans fil est l'outil central de votre accrochage. Pour les murs en plâtre, en placo ou en brique, une perceuse de 18 volts avec fonction percussion suffit pour tous les cas de figure rencontrés en galerie. Les marques professionnelles proposent des modèles fiables à partir de 100 à 150 euros, batterie et chargeur inclus. Un jeu de mèches à béton (diamètres 5, 6, 8 et 10 millimètres) et un jeu de mèches à bois coûtent ensemble entre 15 et 30 euros.
Les chevilles constituent le lien entre le mur et la fixation. Pour un mur en placo (le cas le plus fréquent dans les galeries aménagées dans des locaux commerciaux), les chevilles Molly métalliques sont la référence. Elles se déploient derrière la plaque de plâtre et offrent une résistance à l'arrachement bien supérieure aux chevilles en plastique classiques. Pour les murs en brique ou en béton, les chevilles en nylon de type Fischer sont parfaitement adaptées. Prévoyez un assortiment de chevilles de différents diamètres et longueurs, pour un investissement de 15 à 25 euros.
Les crochets en acier de type cimaise permettent un accrochage propre et ajustable. Si votre galerie est équipée de cimaises (rails d'accrochage fixés en haut des murs), vous n'avez pas besoin de percer pour chaque exposition : les câbles et crochets coulissent le long du rail. L'installation initiale des cimaises représente un investissement de 15 à 25 euros par mètre linéaire, matériel et pose compris, mais cet investissement est rapidement amorti par l'économie de temps et de dégradation des murs à chaque changement d'exposition.
03Les outils de manipulation des oeuvres
Manipuler des oeuvres d'art exige des précautions qui ne sont pas négociables. Les gants en coton blanc sont obligatoires pour toute manipulation d'oeuvres encadrées, de photographies, de dessins et de sculptures en matériaux sensibles. Ils évitent les traces de doigts et les dépôts de sueur qui endommagent les surfaces au fil du temps. Comptez entre 5 et 10 euros pour un lot de dix paires de gants en coton. Pour les oeuvres lourdes ou les sculptures, des gants en nitrile offrent une meilleure adhérence tout en protégeant les surfaces.
Un escabeau stable et de hauteur suffisante est indispensable. La hauteur standard de plafond dans un local commercial est de 2,50 à 3 mètres. Un escabeau de trois ou quatre marches vous permet d'atteindre le haut des murs en toute sécurité. Choisissez un modèle en aluminium avec des pieds antidérapants et une plateforme supérieure suffisamment large pour y poser des outils. Comptez entre 40 et 80 euros selon la hauteur et la qualité.
Des couvertures de protection (ou des plaques de mousse de polyéthylène) doivent être posées au sol le long des murs pendant l'accrochage. Elles protègent les oeuvres posées en attente d'accrochage contre les chocs et les poussières. La galerie Thaddaeus Ropac, qui manipule régulièrement des oeuvres de très grande valeur, utilise systématiquement des couvertures de déménageur en feutre pour protéger chaque oeuvre pendant les phases de montage et de démontage.
04Le petit outillage complémentaire
Au-delà des outils principaux, un ensemble de petits outils vous sera utile quotidiennement. Un tournevis cruciforme et un tournevis plat de taille moyenne permettent de régler les fixations, serrer les pitons et ajuster les cadres. Une pince universelle sert à redresser un piton tordu, couper un fil de fer ou maintenir une pièce pendant une fixation délicate. Un marteau de taille moyenne (300 grammes) est utile pour enfoncer les clous de finition ou taper légèrement sur une cheville récalcitrante.
Un cutter avec des lames neuves est indispensable pour ouvrir les emballages des oeuvres, couper les films de protection et ajuster les matériaux de présentation. Des ciseaux, une bobine de fil de fer galvanisé (diamètre 1 millimètre), un rouleau de mousse adhésive double face et un tube de pâte à fixer complètent l'arsenal. L'ensemble de ce petit outillage représente un investissement de 30 à 50 euros si vous ne possédez encore rien.
Un détecteur de montants et de câbles est un achat prudent que vous ne regretterez pas. Cet appareil, qui coûte entre 20 et 40 euros, signale la présence de montants en bois ou en métal derrière la cloison, ainsi que les câbles électriques. Percer dans un câble électrique sous tension est dangereux et entraîne des frais de réparation importants. Les quelques secondes que prend le passage du détecteur sur le mur avant chaque perçage constituent une précaution élémentaire.
05Les fournitures de réparation et de finition
Un accrochage ne se résume pas à poser des oeuvres sur des murs. Il implique aussi de préparer les murs eux-mêmes et de réparer les traces laissées par les expositions précédentes. Un pot d'enduit de rebouchage en pâte (environ 5 à 10 euros) permet de combler les trous de fixation. Un couteau à enduire de 8 à 10 centimètres de large sert à appliquer l'enduit avec précision. Après séchage (comptez une à deux heures selon le produit), un léger ponçage avec du papier abrasif grain 120 suffit pour obtenir une surface lisse prête à recevoir la peinture.
Un pot de peinture blanche de la même teinte et de la même finition que vos murs est un investissement permanent. Conservez précieusement la référence exacte de votre peinture murale (marque, teinte, finition mate ou satinée) dans un carnet accessible. La retouche ponctuelle entre deux expositions se fait avec un petit rouleau mousse de 10 centimètres de large qui permet de couvrir les zones rebouchées sans laisser de démarcation visible.
La galerie Frank Elbaz à Paris, qui a longtemps occupé un espace de dimensions modestes dans le Marais, était connue pour la perfection de ses murs, systématiquement retouchés ou repeints entre chaque exposition. Cette attention aux surfaces, qui ne coûte que quelques dizaines d'euros en fournitures et deux à trois heures de travail, contribuait significativement à la qualité de présentation des oeuvres.
06Le rangement et l'organisation du matériel
Un galeriste qui accroche lui-même doit pouvoir accéder rapidement à son matériel à chaque changement d'exposition. La solution la plus pratique est une caisse à outils compartimentée ou un sac à outils mural que vous suspendez dans votre réserve. Rangez chaque outil à sa place après utilisation : le temps perdu à chercher un foret ou une cheville du bon diamètre pendant un accrochage est du temps volé à la qualité de la scénographie.
Maintenez un stock de consommables (chevilles, vis, crochets, gants, batteries chargées) suffisant pour au moins deux accrochages. Commander du matériel en urgence la veille d'un vernissage est un stress évitable. La galerie Almine Rech, qui gère plusieurs espaces à travers le monde, maintient dans chaque lieu un kit d'accrochage complet et inventorié qui permet à l'équipe technique de démarrer un montage à tout moment sans temps perdu en approvisionnement.
07Le budget récapitulatif
Récapitulons l'investissement total pour équiper votre galerie en matériel d'accrochage. Le poste le plus important est la perceuse visseuse sans fil (100 à 150 euros). Le mètre laser coûte entre 30 et 50 euros. Le niveau à bulle revient à 10 à 20 euros, le niveau laser entre 40 et 80 euros si vous optez pour cet outil. L'escabeau coûte entre 40 et 80 euros. L'assortiment de chevilles, vis, crochets et consommables représente 30 à 50 euros. Le petit outillage (tournevis, pince, marteau, cutter) revient à 30 à 50 euros. Le détecteur de montants coûte 20 à 40 euros. Les gants et protections coûtent 15 à 25 euros.
Le budget total se situe entre 275 et 545 euros pour un équipement complet qui vous servira pendant des années. Cet investissement unique est amorti dès la deuxième exposition si vous comparez au coût d'un monteur professionnel.
Pour les galeries partenaires d'Artedusa, un accrochage soigné est la condition première d'une documentation photographique de qualité. Les vues d'installation qui illustrent votre profil sur la plateforme sont le premier contact visuel avec les collectionneurs en ligne. Un alignement impeccable, des espacements réguliers et un éclairage maîtrisé témoignent d'un professionnalisme qui rassure le collectionneur et valorise le travail de vos artistes.
Chaque œuvre trouve son collectionneur
Présentez vos artistes, découvrez de nouveaux talents et atteignez les collectionneurs parfaits. Renforcez votre rayonnement culturel grâce à Artedusa.
Postuler