Le marketing d'influence dans l'art : collaborer avec des prescripteurs culturels
Le monde de l'art a toujours fonctionné par prescription. Avant que le terme marketing d'influence ne devienne un lieu commun du vocabulaire commercial, les galeries s'appuyaient déjà sur des prescripteurs pour faire connaître leurs artistes et convaincre de nouveaux collectionneurs. Le critique d'art qui publiait un texte élogieux dans une revue spécialisée, le conservateur de musée qui sélectionnait un artiste pour une exposition institutionnelle, le collectionneur reconnu dont les choix influençaient ceux de ses pairs : ces figures ont toujours joué un rôle central dans la construction de la réputation artistique. Ce qui a changé, c'est l'élargissement du cercle des prescripteurs et la multiplication des canaux par lesquels ils exercent leur influence. Le galeriste d'aujourd'hui doit comprendre cette évolution et l'intégrer dans sa stratégie de communication.
Par Artedusa
••7 min de lecture01Les prescripteurs traditionnels du monde de l'art
Les prescripteurs traditionnels conservent un pouvoir d'influence considérable. Le critique d'art qui écrit dans une publication de référence comme Artforum, Frieze Magazine, Art Press ou Les Inrockuptibles dispose d'une autorité que des années de pratique et une connaissance approfondie du champ artistique ont construite. Un texte critique favorable, publie à l'occasion d'une exposition, offre à l'artiste et à la galerie une validation intellectuelle qui influence directement la perception des collectionneurs et des institutionnels.
Le conservateur de musée est un autre prescripteur dont l'influence est déterminante. Lorsqu'un artiste est sélectionné pour une exposition dans une institution publique, sa cote de légitimité augmenté de manière significative. La galerie Templon, qui a accompagné la carrière de nombreux artistes vers les institutions, sait que la reconnaissance muséale est un levier de vente puissant : un collectionneur hésite moins à acquérir une œuvre d'un artiste qui vient d'être exposé au Centre Pompidou ou au Palais de Tokyo.
Le collectionneur influent constitue le troisième pilier de la prescription traditionnelle. Dans le monde de l'art, certains collectionneurs jouissent d'une réputation qui fait de leurs acquisitions des signaux de marché. Lorsqu'un collectionneur reconnu acquiert une œuvre d'un artiste émergent, cette information circule dans le milieu et incite d'autres collectionneurs à s'intéresser au même artiste. La galerie Kamel Mennour, dont la liste de collectionneurs inclut des personnalités influentes du monde de l'art, bénéficie directement de cet effet d'entraînement.
02Les nouveaux prescripteurs numériques
L'émergence des réseaux sociaux et des plateformes numériques a fait apparaître de nouveaux prescripteurs dont l'influence, si elle est différente dans sa nature, n'en est pas moins réelle. Les comptes Instagram dédiés à l'art contemporain, certains comptant plusieurs centaines de milliers d'abonnés, sont devenus des relais d'information que les collectionneurs, et notamment les plus jeunes, consultent régulièrement.
Les blogueurs et journalistes indépendants spécialisés en art constituent une catégorie de prescripteurs en pleine expansion. Leurs publications, qu'il s'agisse d'articles de blog, de podcasts ou de chaînes YouTube, touchent une audience qui ne lit pas nécessairement la presse spécialisée traditionnelle mais qui s'intéresse néanmoins à l'art contemporain. La galerie Perrotin a compris très tôt l'importance de ces nouveaux relais et entretient des relations avec un éventail de prescripteurs qui dépasse largement le cercle traditionnel de la critique d'art.
Les commissaires d'exposition indépendants, dont le nombre à considérablement augmenté au cours des deux dernières décennies, jouent également un rôle de prescription de plus en plus important. Leurs projets d'exposition, qu'ils se déroulent dans des espaces institutionnels, des lieux alternatifs ou des foires, mettent en lumière des artistes et des pratiques qui alimentent le débat critique et orientent l'attention des collectionneurs.
03Identifier les prescripteurs pertinents pour sa galerie
Le galeriste qui souhaite intégrer le marketing d'influence dans sa stratégie doit commencer par identifier les prescripteurs dont l'audience correspond à sa clientèle cible. Un prescripteur qui s'adresse à un public de collectionneurs débutants n'est pas pertinent pour une galerie qui travaille exclusivement avec des collectionneurs confirmés, et inversement. Le critère n'est pas la taille de l'audience mais son adéquation avec le positionnement de la galerie.
La galerie Thaddaeus Ropac, dont le programme associé des artistes historiques et contemporains de premier plan, travaille avec des prescripteurs dont l'autorité intellectuelle est incontestable. Un article dans le Financial Times, une mention dans Apollo Magazine ou un portrait dans M le Magazine du Monde touche exactement l'audience de collectionneurs internationaux que la galerie cherche à atteindre.
Pour une galerie émergente travaillant avec des artistes en début de carrière, les prescripteurs pertinents seront différents : des blogueurs passionnés par les jeunes scènes artistiques, des commissaires indépendants qui organisent des expositions dans des lieux alternatifs, des collectionneurs de la génération milleniale qui partagent leurs découvertes sur les réseaux sociaux. L'identification de ces prescripteurs demande un travail de veille et de mise en réseau que le galeriste doit intégrer dans ses activités régulières.
04Construire des collaborations authentiques
La règle cardinale du marketing d'influence dans le monde de l'art est l'authenticité. Un prescripteur culturel qui recommande une galerie ou un artiste le fait parce qu'il est sincèrement convaincu de la qualité du travail, pas parce qu'il est rémunéré pour le faire. Cette exigence d'authenticité distingue la prescription dans l'art de l'influence commerciale classique et impose au galeriste une approche fondée sur la relation et la confiance plutôt que sur la transaction.
La construction d'une relation avec un prescripteur commence par la connaissance de son travail. Le galeriste qui invite un critique à un vernissage sans avoir lu ses textes, ou qui contacte un blogueur sans connaître son positionnement éditorial, commet une erreur qui sera immédiatement perceptible. Le prescripteur, quel que soit son domaine, est sensible à la qualité de l'attention qu'on lui porte.
La galerie Chantal Crousel, connue pour la rigueur intellectuelle de son programme, entretient des relations de longue durée avec des critiques, des commissaires et des penseurs dont le travail résonne avec sa proposition artistique. Ces relations ne sont pas utilitaires : elles sont fondées sur un intérêt intellectuel mutuel qui bénéficie aux deux parties.
Le galeriste peut proposer à un prescripteur différentes formes de collaboration. L'invitation à un vernissage assortie d'un accès privilégié à l'artiste en est la forme la plus simple. L'organisation d'une visite d'atelier exclusive, la transmission en avant-première d'informations sur une exposition à venir, ou l'invitation à un dîner de collectionneurs sont des gestes qui renforcent la relation sans la réduire à un échange commercial.
05Les formats de collaboration les plus efficaces
L'expérience montre que certains formats de collaboration produisent des résultats particulièrement convaincants. Le premier est la visite d'atelier documentée. Inviter un prescripteur influent à visiter l'atelier d'un artiste représenté par la galerie et à produire un contenu, qu'il s'agisse d'un article, d'un podcast ou d'une vidéo, sur cette expérience est un format qui allie authenticité et portée. Le prescripteur vit une expérience privilégiée qu'il peut partager avec son audience, l'artiste bénéficie d'une mise en lumière approfondie, et la galerie est associée à un contenu de qualité.
Le deuxième format est le texte de catalogue ou d'exposition. Inviter un critique ou un commissaire reconnu à rédiger un texte pour un catalogue d'exposition confère au projet une légitimité intellectuelle qui influence la perception des collectionneurs et des institutionnels. La galerie Nathalie Obadia a régulièrement fait appel à des plumes de référence pour accompagner les expositions de ses artistes, ce qui renforce la crédibilité du projet et sa visibilité dans la presse spécialisée.
Le troisième format est l'événement co-organisé. Un galeriste qui s'associe à un prescripteur pour organiser une table ronde, une conférence ou une projection dans ses espaces crée un événement qui attire l'audience du prescripteur dans la galerie. Ce croisement d'audiences est bénéfique pour les deux parties et produit souvent des contacts de qualité avec de nouveaux collectionneurs potentiels.
06Mesurer l'impact de la prescription
L'impact du marketing d'influence dans le monde de l'art est plus difficile à mesurer que celui de la publicité classique, mais il n'est pas pour autant impossible à évaluer. Le galeriste peut suivre plusieurs indicateurs pour estimer la contribution des prescripteurs à sa visibilité et à ses ventes. Le nombre de mentions de la galerie et de ses artistes dans les publications de prescripteurs, la qualité de ces mentions en termes de positionnement éditorial, le trafic généré vers le site web de la galerie à la suite d'une publication, et les contacts commerciaux qui citent un prescripteur comme source de découverte sont des métriques accessibles.
L'impact indirect est plus difficile à mesurer mais tout aussi réel. Un article élogieux dans une publication de référence circule dans le milieu professionnel et influence la perception de la galerie auprès des institutions, des commissaires et des collectionneurs de manière diffuse mais durable. La galerie qui accumule les mentions favorables dans des publications crédibles construit une réputation qui la distingue de ses concurrentes et qui facilite l'ensemble de ses activités, de la prospection de collectionneurs à l'attraction de nouveaux artistes.
Le galeriste doit enfin garder à l'esprit que le marketing d'influence est un investissement de long terme. Les résultats ne sont pas immédiats, et la construction d'un réseau de prescripteurs fidèles demande du temps, de la patience et de la constance. Mais les galeries qui ont su développer ces relations au fil des années en tirent un avantage concurrentiel considérable que les galeries qui s'appuient exclusivement sur la publicité payante ne parviennent pas à reproduire.
Artedusa offre aux galeries partenaires une plateforme de visibilité qui participe à la dynamique de prescription en présentant les œuvres à une audience de collectionneurs internationaux qualifiés. La présence sur Artedusa s'inscrit dans une logique de prescription numérique où la qualité de la plateforme et la pertinence de sa sélection renforcent la crédibilité des galeries et des artistes présentés.
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