Le marché de l'art canadien : Toronto, Montréal et Vancouver
Le Canada occupe dans le paysage du marché de l'art international une position singulière qui mérite l'attention des galeristes européens. Ce pays, dont la population approche les quarante millions d'habitants, possède un écosystème artistique structuré autour de trois métropoles aux identités distinctes : Toronto, centre financier et plus grand marché de l'art du pays, Montréal, ville bilingue dont la scène artistique allie les influences nord-américaines et européennes, et Vancouver, porte d'entrée vers le Pacifique et carrefour entre les cultures asiatiques et occidentales. Pour le galeriste européen, le marché canadien offre un terrain d'expansion naturel, par la langue dans le cas du Québec, par les affinités culturelles dans le cas de l'ensemble du pays, et par un pouvoir d'achat qui place le Canada parmi les économies les plus prospères au monde.
Par Artedusa
••9 min de lecture01Toronto : le centre de gravité commercial
Toronto concentre la plus grande partie de l'activité du marché de l'art canadien. La ville abrite le Art Gallery of Ontario, l'un des plus grands musées d'art d'Amérique du Nord, dont la collection comprend plus de cent vingt mille oeuvres. Le Musée royal de l'Ontario, le Museum of Contemporary Art Toronto et le Power Plant Contemporary Art Gallery complètent un paysage institutionnel qui attire les collectionneurs et soutient le marché.
Le quartier de Yorkville, longtemps le coeur du marché de l'art torontois, accueille des galeries établies comme la Galerie Lelong, qui dispose d'espaces à Toronto, Paris et New York, et la Roberts Gallery, l'une des plus anciennes galeries du pays. Le West Queen West et le quartier de Dundas West sont devenus des pôles pour les galeries plus jeunes et les artist-run centres qui constituent l'une des spécificités du système artistique canadien.
Art Toronto, la principale foire d'art du pays, se tient chaque automne au Metro Toronto Convention Centre. Cet événement, qui réunit des galeries canadiennes et internationales, constitue le moment fort du calendrier commercial torontois. La foire attire des collectionneurs de l'ensemble du pays et sert de point d'entrée pour les galeries étrangères qui souhaitent tester le marché canadien avant d'y investir de manière plus permanente.
Le profil du collectionneur torontois reflète la diversité de la ville. Toronto est l'une des villes les plus multiculturelles au monde, et sa base de collectionneurs comprend des professionnels du secteur financier, des entrepreneurs de la tech, des avocats d'affaires et des héritiers de fortunes industrielles. Cette diversité se traduit par une ouverture aux artistes internationaux que d'autres marchés nationaux de taille comparable ne présentent pas toujours.
02Montréal : l'exception francophone
Montréal offre au galeriste européen, et particulièrement au galeriste français, un terrain d'expansion singulier. La métropole québécoise est la deuxième ville francophone du monde après Paris par la taille de sa population, et la culture y occupe une place centrale dans l'identité collective. Le Musée d'art contemporain de Montréal, le Musée des beaux-arts de Montréal et la Fondation Phi constituent un triangle institutionnel qui soutient une scène artistique vivante et internationalement reconnue.
La scène galeriste montréalaise se concentre dans le quartier du Mile End et dans le Vieux-Montréal. La galerie Division, la Galerie Simon Blais, la Galerie René Blouin et la Parisian Laundry comptent parmi les espaces les plus influents. Le système des artist-run centres, financé en partie par les conseils des arts fédéral et provincial, constitue un réseau de diffusion et de production qui n'a pas d'équivalent en Europe. Des centres comme Articule, Optica et la Fonderie Darling offrent aux artistes émergents des espaces de production et d'exposition qui alimentent ensuite le réseau des galeries privées.
L'Art Souterrain, événement annuel qui transforme les corridors du réseau souterrain de Montréal en espace d'exposition, et Papier, foire dédiée aux oeuvres sur papier, complètent un calendrier événementiel qui, s'il n'a pas la densité de celui de New York ou de Londres, offre des rendez-vous de qualité appréciés par les collectionneurs locaux et internationaux.
La particularité linguistique du Québec est un atout pour les galeries françaises. Les textes d'exposition, les catalogues, les échanges avec les collectionneurs et la presse peuvent se faire en français, ce qui réduit considérablement les barrières à l'entrée. Les collectionneurs montréalais, souvent bilingues, voyagent régulièrement à Paris, New York et Bâle, et entretiennent avec le marché européen une familiarité que leurs homologues torontois ne partagent pas toujours au même degré.
03Vancouver : la porte du Pacifique
Vancouver occupe une position géographique qui en fait un pont entre l'Amérique du Nord et l'Asie, et cette position se reflète dans son marché de l'art. La Vancouver Art Gallery, qui prépare un déménagement dans un nouveau bâtiment conçu par le cabinet d'architecture Herzog et de Meuron, constitue l'institution phare de la ville. Le Contemporary Art Gallery et le Morris and Helen Belkin Art Gallery de l'Université de Colombie-Britannique complètent un paysage institutionnel de qualité.
La scène galeriste de Vancouver est plus modeste en taille que celles de Toronto et de Montréal, mais elle possède des galeries de renommée internationale. La Catriona Jeffries Gallery représente des artistes dont le travail est présenté dans les plus grandes institutions mondiales. La Equinox Gallery et la Douglas Reynolds Gallery figurent parmi les espaces les plus établis de la ville. Le quartier de Main Street et celui de Granville Island concentrent les galeries et les ateliers d'artistes.
La présence d'une importante communauté asiatique, notamment chinoise, à Vancouver crée un marché de l'art qui mêle les influences occidentales et est-asiatiques. Les collectionneurs d'origine asiatique constituent une part significative de la clientèle des galeries de la ville, et certains d'entre eux collectionnent à la fois de l'art contemporain occidental et de l'art asiatique. Cette double orientation ouvre des possibilités de programmation que les galeries européennes présentes à Vancouver peuvent exploiter en proposant des artistes dont le travail dialogue avec les deux traditions.
04Le cadre réglementaire et fiscal
Le galeriste européen qui souhaite vendre au Canada doit connaître les particularités du cadre réglementaire et fiscal du pays. Les droits de douane sur les oeuvres d'art importées au Canada sont nuls pour les oeuvres originales, ce qui facilite considérablement les échanges commerciaux. La taxe sur les produits et services fédérale et les taxes provinciales s'appliquent aux ventes réalisées sur le territoire canadien, mais les modalités varient selon les provinces.
Le programme d'encouragement aux dons d'oeuvres d'art aux institutions publiques constitue un levier important pour le marché. Les collectionneurs canadiens qui font don d'oeuvres à des musées ou à des institutions culturelles bénéficient d'avantages fiscaux significatifs, ce qui encourage les acquisitions destinées à terme à rejoindre des collections publiques. Ce mécanisme crée une dynamique vertueuse pour le galeriste, car il permet de vendre des oeuvres à des collectionneurs qui, sachant qu'ils pourront éventuellement en faire don à un musée avec un bénéfice fiscal, sont disposés à investir dans des oeuvres dont la valeur institutionnelle est reconnue.
Le droit de suite, qui permet aux artistes de percevoir un pourcentage lors de la revente de leurs oeuvres, n'existe pas au Canada au niveau fédéral, bien que des discussions sur son introduction aient eu lieu à plusieurs reprises. Cette absence constitue une différence notable avec le cadre européen que le galeriste français, habitué au droit de suite, doit prendre en compte.
05Les collectionneurs canadiens sur la scène internationale
Les collectionneurs canadiens figurent parmi les plus actifs sur la scène internationale. Les grandes collections privées canadiennes, comme celle de la famille Bronfman, de Michael Audain à Vancouver ou de François Odermatt à Montréal, sont reconnues pour leur qualité et leur ambition. Ces collectionneurs participent aux comités d'acquisition des grands musées, siègent dans les conseils d'administration d'institutions internationales et achètent régulièrement dans les galeries et les foires européennes.
Cette présence internationale crée des opportunités pour les galeries européennes qui savent cultiver des relations à long terme. Un collectionneur torontois rencontré à Frieze London ou à Art Basel peut devenir un client régulier de la galerie s'il est accompagné avec le même niveau de service que les collectionneurs locaux. Les galeries européennes qui ont su développer une clientèle canadienne rapportent que ces collectionneurs sont fidèles, curieux et ouverts à la découverte de nouveaux artistes.
06S'implanter ou collaborer
Le galeriste européen dispose de plusieurs stratégies pour aborder le marché canadien. La participation à Art Toronto constitue l'option la plus directe : la foire permet de tester le marché, de rencontrer des collectionneurs et des professionnels, et d'évaluer le potentiel commercial sans investissement permanent. La collaboration avec une galerie canadienne, sous forme de co-représentation d'artistes ou d'expositions partagées, permet de bénéficier d'un réseau local sans les coûts d'une implantation permanente.
L'ouverture d'un espace au Canada représente un investissement significatif, mais les coûts immobiliers à Toronto et à Montréal restent inférieurs à ceux de New York, Londres ou Paris, ce qui rend l'implantation accessible à des galeries de taille moyenne. Le programme de visa pour travailleurs qualifiés du Canada facilite par ailleurs l'installation de professionnels étrangers, ce qui simplifie la logistique d'une ouverture permanente.
Le paysage artistique autochtone constitue une dimension que le galeriste européen ne peut ignorer lorsqu'il aborde le marché canadien. L'art des Premières Nations, des Inuits et des Métis occupe une place croissante dans les institutions et sur le marché. Des artistes comme Kent Monkman, Rebecca Belmore ou Annie Pootoogook ont acquis une reconnaissance internationale qui transcende les catégories. Le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa consacre des espaces importants à l'art autochtone, et les galeries privées qui représentent des artistes autochtones constatent un intérêt soutenu de la part des collectionneurs canadiens et internationaux. Le galeriste européen qui s'engage sur ce terrain doit le faire avec une connaissance approfondie du contexte historique et culturel, en respectant les protocoles de consultation et de collaboration que les communautés autochtones ont établis pour encadrer la diffusion de leur patrimoine artistique.
Le système de financement public des arts au Canada, par l'intermédiaire du Conseil des arts du Canada au niveau fédéral et des conseils provinciaux comme le Conseil des arts et des lettres du Québec, la Ontario Arts Council ou la British Columbia Arts Council, crée un écosystème de soutien à la création qui bénéficie indirectement aux galeries. Les artistes canadiens qui reçoivent des bourses de production peuvent investir dans des projets ambitieux que le seul marché ne financerait pas, et les galeries qui les représentent bénéficient d'oeuvres dont la qualité et l'ambition sont renforcées par ce soutien public. Le galeriste européen qui comprend ce mécanisme de financement peut en tirer parti en identifiant les artistes soutenus dont la trajectoire institutionnelle est en phase ascendante.
Le réseau des biennales et festivals canadiens offre au galeriste européen des occasions de visibilité et de rencontre complémentaires aux foires commerciales. La Biennale de Montréal, organisée par le Musée d'art contemporain, présente des artistes internationaux dans un cadre curatorial ambitieux. Le Festival international d'art de Toronto et Nuit Blanche, événement annuel qui transforme la ville en galerie à ciel ouvert, attirent un public considérable et créent des moments de rencontre entre les galeries, les artistes et les collectionneurs qui dépassent le cadre transactionnel habituel.
Pour les galeries partenaires d'Artedusa, la plateforme constitue un vecteur de visibilité auprès des collectionneurs canadiens qui, comme beaucoup de collectionneurs nord-américains, effectuent une part croissante de leurs recherches et de leurs premières prises de contact en ligne avant de se déplacer physiquement pour voir les oeuvres.
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