La responsabilité civile du galeriste : ce que couvre l'assurance et ce qu'elle ignore
La question de la responsabilité civile du galeriste est l'un de ces sujets que la plupart des marchands d'art préfèrent ne pas approfondir, convaincus que leur police d'assurance les protège contre toutes les eventualites. Cette conviction est dangereuse. L'assurance responsabilité civile professionnelle, aussi complète soit-elle, comporte des limites, des exclusions et des plafonds que le galeriste doit connaître avant qu'un sinistre ne les lui révèle dans les pires conditions. Comprendre ce que couvre l'assurance et identifier les zones grises où les lacunes de la couverture est une démarche de gestion indispensable qui peut épargner au galeriste des pertes financières considérables et des litiges devastateurs.
Par Artedusa
••9 min de lecture01Les fondements juridiques de la responsabilité civile du galeriste
La responsabilité civile du galeriste repose sur plusieurs fondements juridiques qui se superposent et se complètent. Le droit commun de la responsabilité civile, tel qu'il résulte des articles 1240 et suivants du Code civil, impose à toute personne l'obligation de réparer le dommage qu'elle cause à autrui par sa faute, sa négligence ou son imprudence. Le galeriste qui endommagé une œuvre par une manipulation maladroite, qui laisse un visiteur se blesser dans ses locaux ou qui fournit des informations erronées sur l'authenticité d'une oeuvre engage sa responsabilité civile sur ce fondement.
La responsabilité du dépositaire, prévue aux articles 1927 à 1946 du Code civil, s'applique spécifiquement au galeriste qui détient des œuvres en dépôt-vente. Le dépositaire est tenu de conserver la chose déposée avec les memes soins qu'il apporterait à ses propres choses et de la restituer en nature au déposant. Cette obligation de conservation est une obligation de moyens renforcée, ce qui signifie que le galeriste doit démontrer qu'il a pris toutes les précautions raisonnables pour prévenir le dommage s'il veut s'exonérer de sa responsabilité.
La responsabilité du fait des choses, prévue à l'ancien article 1242 du Code civil, peut être invoquee lorsqu'une œuvre exposée cause un dommage à un tiers. Une sculpture qui tombe sur un visiteur, une installation électrique defectueuse intégrée à une œuvre, un produit chimique utilisée dans une performance qui provoque une réaction allergique chez un spectateur : ces situations engagent la responsabilité du galeriste en tant que gardien de la chose qui à cause le dommage.
02Ce que couvre l'assurance responsabilité civile professionnelle
L'assurance responsabilité civile professionnelle du galeriste couvre généralement les dommages causés aux tiers dans le cadre de l'activité professionnelle. Cette couverture englobe les dommages corporels, les dommages matériels et les dommages immatériels consécutifs. Un visiteur qui tombe dans l'escalier de la galerie et se blesse, un collectionneur dont l'œuvre est endommagée lors d'un transport organisé par la galerie, un artiste qui subit un préjudice financier en raison d'une erreur de la galerie dans la gestion de ses ventes : ces situations sont couvertes par la police de responsabilité civile professionnelle standard.
La garantie couvre également les dommages causés par les preposes du galeriste, c'est-à-dire ses salariés et ses collaborateurs, dans l'exercice de leurs fonctions. Un employé de la galerie qui endommagé une oeuvre lors de l'accrochage, un stagiaire qui renversé un verre d'eau sur un dessin lors d'un vernissage : la responsabilité du galeriste en tant qu'employeur est engagée et la couverture d'assurance s'applique.
La galerie Templon, dont les espaces accueillent un public nombreux et diversifié, où la galerie Perrotin, présente dans plusieurs pays avec des régimes juridiques différents, doivent souscrire des polices d'assurance adaptées à l'étendue et à la diversité de leurs activités. La complexité des couvertures nécessaires augmente avec la taille de la galerie, le nombre de ses espaces et le volume des œuvres gérées.
03Les exclusions classiques : ce que l'assurance ne couvre pas
Les polices d'assurance responsabilité civile professionnelle comportent systématiquement des exclusions que le galeriste doit lire avec la plus grande attention. La faute intentionnelle constitue l'exclusion la plus fondamentale : l'assurance ne couvre jamais les dommages causés délibérément par l'assure. Un galeriste qui vendrait sciemment un faux en le présentant comme authentique ne pourrait pas invoquer son assurance pour couvrir les conséquences de cette fraude.
L'usure normale et la détérioration progressive des œuvres sont généralement exclues de la couverture. Une oeuvre dont les couleurs se sont altérées en raison d'une exposition prolongée à la lumière naturelle dans les locaux de la galerie, un papier qui a jauni parce que les conditions hygrométriques n'étaient pas adaptées, une toile qui s'est détendue en raison de variations de température : ces deteriorations lentes ne sont pas des sinistres couverts par l'assurance mais des conséquences d'un défaut de conservation dont le galeriste est responsable sur le fondement de son obligation de dépositaire.
Les dommages resultant d'un vice propre de l'œuvre sont également exclus. Si une sculpture s'effondre en raison d'un défaut de fabrication inhérent à l'œuvre, sans que la galerie ait commis une faute dans sa manipulation ou sa conservation, l'assurance du galeriste ne couvrira pas le dommage causé à des tiers par cet effondrement. Cette exclusion pose des questions délicates lorsque le vice propre était difficilement détectable et que le galeriste ne pouvait raisonnablement pas l'anticiper.
04La couverture des œuvres en dépôt : assurance clou à clou
L'assurance des œuvres en dépôt dans la galerie mérite une attention particulière car elle se distingue de l'assurance responsabilité civile professionnelle. L'assurance dite clou à clou couvre les oeuvres depuis le moment où elles quittent le lieu de provenance jusqu'à leur retour, en passant par le transport, le stockage et l'exposition dans la galerie. Cette couverture protège le galeriste contre les pertes financières liées à la destruction, au vol ou à l'endommagement des œuvres confiées.
Le galeriste doit s'assurer que sa police clou à clou est adaptée à la valeur totale des œuvres détenues à un moment donné. La sous-assurance, situation dans laquelle la valeur assurée est inférieure à la valeur réelle des oeuvres, est un piège courant dans le monde de l'art où les côtés des artistes peuvent évoluer rapidement. La galerie Almine Rech, qui représente des artistes dont les œuvres ont connu des appreciations significatives, doit réviser régulièrement les valeurs déclarées à son assureur pour éviter de se retrouver en situation de sous-assurance en cas de sinistre.
La galerie Marian Goodman, dont le programme comprend des artistes de renommée internationale, gère un portefeuille d'oeuvres dont la valeur totale atteint des montants qui nécessitent des couvertures d'assurance spécifiques, souvent négociées avec des courtiers spécialisés dans le marché de l'art. Ces courtiers connaissent les risques spécifiques liés à la détention et à la circulation d'oeuvres d'art et sont en mesure de proposer des couvertures adaptées que les assureurs généralistes ne maîtrisent pas toujours.
05Les zones grises : authenticité, attribution et conseil
La responsabilité du galeriste en matière d'authenticité et d'attribution constitue une zone grise que l'assurance couvre de manière inégale. Le galeriste qui vend une œuvre en garantissant son authenticité engage sa responsabilité si l'œuvre se révèle être un faux. Toutefois, la plupart des polices d'assurance excluent ou limitent la couverture des litiges liés à l'authenticité, considérant qu'il s'agit d'un risque commercial que le galeriste doit maîtriser par son expertise et sa diligence plutôt que par une couverture assurantielle.
La responsabilité du galeriste en tant que conseiller est un autre domaine mal couvert par l'assurance standard. Le galeriste qui recommande à un collectionneur d'acheter une œuvre en lui promettant une appréciation future, qui déconseille une vente en assurant que les prix vont monter ou qui fournit des estimations erronées peut voir sa responsabilité engagée si le collectionneur subit un préjudice financier. Ces activités de conseil relèvent davantage de l'assurance responsabilité civile professionnelle en tant qu'intermédiaire financier que de l'assurance classique du galeriste, et elles nécessitent souvent une extension de garantie spécifique.
La galerie Chantal Crousel, dont la réputation repose sur la rigueur intellectuelle de son programme et la qualité de son conseil aux collectionneurs, ou la galerie Continua, qui accompagne ses collectionneurs dans la constitution de collections cohérentes, exercent une activité de conseil dont la dimension engagé leur responsabilité au-delà de la simple vente d'œuvres.
06Les obligations de l'assure : déclaration et prévention
L'assurance responsabilité civile ne produit ses effets que si le galeriste respecte ses obligations d'assure. La première de ces obligations est la déclaration exacte et complète des risques au moment de la souscription et à chaque modification de l'activité. Un galeriste qui n'aurait pas déclaré qu'il organise des performances impliquant du feu, qu'il expose des œuvres en extérieur ou qu'il stocke des oeuvres dans un lieu dépourvu de système d'alarme s'expose à une réduction ou à un refus de garantie en cas de sinistre.
L'obligation de prévention impose au galeriste de prendre toutes les mesures raisonnables pour éviter la survenance d'un sinistre. L'installation de systèmes de sécurité, la formation du personnel à la manipulation des oeuvres, la mise en place de protocoles d'accrochage et de décrochage, le contrôle des conditions climatiques dans les espaces d'exposition : ces mesures ne sont pas seulement des obligations assurantielles mais des marqueurs de professionnalisme qui distinguent la galerie sérieuse de l'espace improvisée.
La déclaration de sinistre dans les délais prévus au contrat constitue une obligation imperative dont le non-respect peut entraîner la déchéance de la garantie. Le galeriste qui constate un dommage sur une œuvre doit en informer son assureur dans les cinq jours ouvrables suivant la découverte du sinistre, sauf stipulation contractuelle différente. Cette déclaration doit être accompagnée de tous les éléments permettant à l'assureur d'évaluer le dommage : procès-verbal de réception, photographies de l'état antérieur, description des circonstances du sinistre.
07Adapter sa couverture à l'évolution de l'activité
La couverture d'assurance du galeriste ne doit pas être un contrat signe une fois pour toutes et oublié dans un tiroir. L'activité de la galerie évolue, les valeurs des œuvres changent, de nouveaux risques apparaissent. Le galeriste qui ouvre un second espace, qui commence à participer à des foires internationales, qui se lance dans l'organisation d'expositions en plein air ou qui représente des artistes utilisant des matériaux dangereux doit informer son assureur de ces évolutions et adapter sa couverture en conséquence.
La revue annuelle du contrat d'assurance avec un courtier spécialisé dans le marché de l'art est une pratique recommandée qui permet de vérifier l'adéquation de la couverture aux risques réels de l'activité. Cette revue est l'occasion de renégocier les franchises, d'ajuster les plafonds de garantie et de souscrire les extensions nécessaires pour couvrir les nouveaux risques identifiés.
Artedusa accompagne ses galeries partenaires dans leur développement professionnel en offrant un cadre structuré qui contribue à la crédibilité et à la visibilité de leur activité. Une galerie dont la présence en ligne est professionnelle, dont les œuvres sont documentées avec soin et dont les conditions de vente sont transparentes est aussi une galerie qui inspire confiance à ses assureurs et qui peut négocier des conditions de couverture plus favorables.
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