Comment rédiger un business plan pour une galerie d'art
Un business plan est le document fondateur de toute galerie d'art. Il ne s'agit pas d'un exercice administratif réservé aux banquiers : c'est l'outil qui oblige le futur galeriste à structurer sa vision, à chiffrer ses ambitions et à anticiper les réalités économiques d'un métier où les marges sont étroites et les cycles longs. Que vous souhaitiez ouvrir votre premier espace où convaincre un investisseur de vous accompagner, le business plan est le socle sur lequel repose la crédibilité de votre projet. Les galeries qui durent, de Kamel Mennour à Perrotin en passant par Templon, ont toutes traverse cette étape de formalisation, même si leur modèle a évolué au fil des années.
Par Artedusa
••9 min de lecture01Définir votre positionnement artistique et commercial
Le business plan d'une galerie d'art commence par une question que beaucoup de candidats galeristes négligent : quel est votre positionnement ? Le marché de l'art est segmente entre art contemporain emerging, mid-career, art moderne, photographie, art urbain, art numérique, design et bien d'autres niches. Chaque segment à ses propres collectionneurs, ses propres circuits de légitimation et ses propres niveaux de prix.
Votre positionnement doit articuler trois dimensions. La dimension artistique d'abord : quel type d'oeuvres allez-vous présenter, quels artistes souhaitez-vous représenter, quelle cohérence curatoriale relie votre programme ? La dimension géographique ensuite : visez-vous une clientèle locale, nationale ou internationale ? La dimension tarifaire enfin : vos prix moyens se situeront-ils entre 500 et 5 000 euros, entre 5 000 et 50 000 euros, ou au-delà ?
La galerie Jousse Entreprise, par exemple, s'est positionnée sur le design du vingtième siècle et l'art contemporain en dialogue avec l'architecture. La galerie In Situ Fabienne Leclerc s'est construite autour de l'art contemporain engagé et des installations. Ces positionnements clairs ont permis à ces espaces de trouver leur public et de s'inscrire dans la durée. Votre business plan doit énoncer le vôtre avec la même précision.
02Analyser votre marché et votre concurrence
L'étude de marché est la partie du business plan que les galeristes trouvent souvent la plus aride, mais elle est indispensable. Vous devez identifier qui sont vos concurrents directs dans votre zone géographique et dans votre segment artistique. Si vous ouvrez une galerie d'art contemporain emerging dans le Marais à Paris, vos concurrents sont les dizaines de galeries qui occupent déjà ce territoire. Si vous ouvrez dans une ville de province, la concurrence directe est peut-être moindre, mais la base de collectionneurs l'est aussi.
L'étude de marché doit couvrir plusieurs points. Le nombre de galeries actives dans votre zone et dans votre segment. Le profil de leurs collectionneurs. Les prix pratiqués. Le calendrier des foires auxquelles elles participent. Le taux de fermeture des galeries dans votre secteur géographique au cours des cinq dernières années. Le Comité professionnel des galeries d'art publié régulièrement des données sur le secteur en France qui constituent un point de départ utile. Le rapport annuel d'Art Basel et UBS sur le marché mondial de l'art fournit des données macroéconomiques qui permettent de situer votre projet dans un contexte global.
Vous devez également identifier votre clientèle cible. Les collectionneurs débutants qui achètent leurs premières œuvres entre 500 et 3 000 euros ne fréquentent pas les memes circuits que les collectionneurs confirmés qui investissent plus de 50 000 euros par an. Les entreprises qui achètent de l'art pour leurs locaux constituent un autre segment, avec ses propres critères de sélection et ses propres budgets. Les prescripteurs institutionnels, FRAC, musées, centres d'art, représentent une clientèle qui n'achète pas toujours beaucoup en volume mais dont les acquisitions légitiment les artistes et la galerie.
03Chiffrer vos investissements de départ
L'ouverture d'une galerie d'art nécessite des investissements que beaucoup de candidats sous-estiment. Le local est le premier poste. À Paris, un espace de 60 à 100 mètres carrés dans un quartier fréquenté par les collectionneurs, que ce soit le Marais, Saint-Germain-des-Prés où le haut Marais, représente un loyer mensuel qui se situe généralement entre 3 000 et 8 000 euros selon l'emplacement et la surface. En province, les loyers sont nettement inférieurs, mais le bassin de collectionneurs est également plus restreint.
Au loyer s'ajoutent les travaux d'aménagement. Un espace brut doit être transformé en lieu d'exposition : murs blancs, éclairage professionnel aux normes muséales, réserve de stockage, bureau, système de sécurité. Un aménagement sobre mais professionnel représente un budget de 15 000 à 40 000 euros selon la surface et l'état initial du local. Le système d'éclairage seul, composé de rails et de spots LED professionnels, peut représenter 5 000 à 10 000 euros.
Le stock initial constitue le deuxième poste majeur. Une galerie qui représente cinq à huit artistes doit disposer d'un stock suffisant pour organiser ses premières expositions. Selon votre segment de prix, ce stock représente un investissement de 10 000 à 100 000 euros, souvent en consignation (les œuvres restent propriété de l'artiste) mais parfois en achat ferme. La trésorerie nécessaire pour financer les frais de production des oeuvres, l'encadrement, le transport et l'assurance vient s'ajouter à ce poste.
Les frais de communication représentent un troisième poste : site internet professionnel (3 000 à 8 000 euros pour la création), cartons d'invitation, documentation photographique des expositions, vernissages. Prévoyez également un budget pour la participation à une ou deux foires régionales la première année, sachant qu'un stand dans une foire comme Galeristes à Paris ou Drawing Now représente un investissement de 3 000 à 8 000 euros hors frais de transport et d'hébergement.
04Prévoir votre compte de résultat prévisionnel
Le compte de résultat prévisionnel est le cœur financier de votre business plan. Il doit couvrir au minimum trois ans, idéalement cinq. La première année est presque toujours déficitaire pour une galerie. La deuxième année voit généralement un meilleur équilibre. La rentabilité réelle, si elle arrive, se situe souvent à partir de la troisième année.
Vos recettes proviennent principalement des ventes d'oeuvres. La commission standard dans le marché de l'art contemporain se situe entre 40 et 60 pour cent du prix de vente, le reste revenant à l'artiste. Si vous vendez pour 100 000 euros d'oeuvres dans l'année avec une commission moyenne de 50 pour cent, votre chiffre d'affaires réel est de 50 000 euros. Les sources de revenus complémentaires incluent les ventes en foire, les ventes sur le marché secondaire si vous faites du negoce, et les prestations de conseil en art auprès d'entreprises ou de particuliers.
Vos charges fixes comprennent le loyer, les charges locatives, l'assurance du local et des œuvres, les salaires si vous employez du personnel, les honoraires comptables et juridiques, et les abonnements divers (logiciels de gestion, site internet). Vos charges variables incluent les frais d'exposition (transport, encadrement, production), les frais de communication, les frais de participation aux foires et les frais de déplacement.
Un scénario prudent pour une galerie parisienne d'art contemporain emerging pourrait ressembler à ceci pour la première année. Recettes : 30 000 à 60 000 euros de commissions sur ventes. Charges fixes : 60 000 à 90 000 euros (loyer, assurance, comptabilité, minimum vital du galeriste). Charges variables : 15 000 à 30 000 euros (expositions, foires, communication). Le déficit de première année se situe donc souvent entre 30 000 et 60 000 euros, qu'il faut financer par des fonds propres ou un emprunt.
05Structurer votre plan de trésorerie
La trésorerie est le point sur lequel la plupart des galeries échouent. Le marché de l'art à une particularité redoutable : les délais de paiement sont longs et imprévisibles. Un collectionneur peut réserver une oeuvre lors d'un vernissage et ne payer que trois mois plus tard. Un FRAC qui fait une acquisition en octobre peut ne régler la facture qu'en mars de l'année suivante. Pendant ce temps, le loyer est dû chaque mois, les artistes attendent leur part et les fournisseurs ne font pas crédit.
Votre plan de trésorerie doit modéliser mois par mois les entrées et sorties de fonds sur la première année. Il doit intégrer la saisonnalité du marché de l'art : les ventes se concentrent traditionnellement autour des grandes foires (octobre à novembre avec FIAC puis Paris+ par Art Basel, mars avec Art Brussels et le Salon du Dessin, juin avec Art Basel) et des périodes de fin d'année. Les mois d'été sont généralement creux. Prévoyez une réserve de trésorerie équivalente à six mois de charges fixes minimum. C'est cette réserve qui vous permettra de traverser les périodes sans ventes sans mettre en péril la survie de votre galerie.
Les galeries qui survivent sont celles qui ont anticipé ces cycles. Emmanuel Perrotin a raconté avoir dormi dans sa galerie au début de sa carrière pour économiser un loyer d'appartement. Daniel Templon a traversé des années difficiles avant que sa galerie ne devienne l'institution qu'elle est aujourd'hui. Le business plan n'élimine pas ces difficultés, mais il permet de les anticiper et de s'y préparer financièrement.
06Convaincre vos partenaires financiers
Le business plan est l'outil qui vous permet de dialoguer avec les banques, les investisseurs et les organismes d'aide à la création d'entreprise. Les banques sont traditionnellement frileuses vis-à-vis des galeries d'art, qu'elles considèrent comme des activités à risque élevé. Pour convaincre un banquier, votre business plan doit démontrer que vous avez une connaissance précise de votre marché, un plan financier réaliste et une trésorerie suffisante pour absorber les aléas des premiers mois.
Les aides publiques constituent un levier souvent sous-exploité. La BPI (Banque Publique d'Investissement) propose des prêts d'honneur et des garanties d'emprunt qui peuvent faciliter l'accès au crédit bancaire. Les régions et les communes disposent parfois de programmes d'aide à l'installation de commerces culturels, notamment dans les quartiers en mutation où les villes moyennes qui cherchent à dynamiser leur centre. Le dispositif NACRE (Nouvel Accompagnement pour la Création et la Reprise d'Entreprise) peut accompagner les galeristes dans la structuration de leur projet.
Le mécénat d'entreprise constitue une source de financement possible pour certains projets. Une entreprise locale qui souhaite soutenir la vie culturelle de sa ville peut s'associer à l'ouverture d'une galerie en échange de contreparties de visibilité. Ce modèle fonctionne particulièrement bien en province ou le galeriste peut devenir un acteur culturel identifie de sa communauté.
07Anticiper l'évolution de votre modèle
Un bon business plan ne se contente pas de décrire les trois premières années : il esquisse une trajectoire de développement. Comment votre galerie évoluera-t-elle si les ventes dépassent vos prévisions ? Envisagez-vous de participer à des foires internationales à partir de la deuxième ou troisième année ? Prévoyez-vous de recruter un collaborateur ? D'ouvrir un second espace ?
Les galeries qui prospèrent sont celles qui savent faire évoluer leur modèle. Almine Rech a commencé avec un espace à Paris avant de s'implanter à Bruxelles, Londres, New York et Shanghai. Nathalie Obadia a ajouté un second espace parisien puis un espace à Bruxelles. Ces extensions n'étaient pas prévues dans le business plan initial mais elles étaient rendues possibles par une gestion financière rigoureuse des premières années.
Intégrez également dans votre plan les revenus liés au numérique. La vente en ligne, longtemps marginale dans le marché de l'art, représente désormais une part significative du chiffre d'affaires de nombreuses galeries. Des plateformes comme Artedusa permettent aux galeries de présenter leurs artistes à une audience internationale de collectionneurs sans les coûts d'une implantation physique à l'étranger. Cette dimension numérique, inscrite dès le départ dans votre business plan, rassure les partenaires financiers qui y voient un canal de diversification des revenus.
Chaque œuvre trouve son collectionneur
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