Comment communiquer l'ouverture de sa galerie : les trois premiers mois
Les trois premiers mois d'une galerie d'art sont décisifs. C'est la période où vous installez votre identité dans le paysage, où les professionnels et les collectionneurs forment leur première impression de votre projet, et où les habitudes de fréquentation se créent ou ne se créent pas. Une communication réussie pendant cette période ne demande pas un budget considérable, mais elle demande de la méthode, de la constance et une compréhension claire de ce qui fonctionne dans le monde de l'art. Voici un plan d'action concret pour vos douze premières semaines.
Par Artedusa
••10 min de lecture01Avant l'ouverture : préparer le terrain
La communication commence bien avant l'ouverture. Les quatre à six semaines qui précèdent le jour J sont cruciales pour créer l'attente et vous assurer que votre vernissage inaugural ne se tient pas devant une salle vide.
Votre site internet doit être en ligne au moins un mois avant l'ouverture. Il doit présenter votre projet (en quelques phrases claires, pas un manifeste de dix pages), vos artistes, et les dates de votre exposition inaugurale. Le nom de domaine, l'hébergement et la conception du site représentent un investissement modeste : un site sur WordPress ou Squarespace avec un thème sobre et des images de qualité suffit pour démarrer. La sophistication viendra plus tard. Ne retardez pas l'ouverture parce que votre site n'est pas parfait : un site simple et clair en ligne vaut mieux qu'un site parfait qui n'existe pas encore.
Créez vos comptes sur les réseaux sociaux, en priorité Instagram qui est le réseau dominant dans le monde de l'art contemporain. Commencez à publier du contenu quatre à six semaines avant l'ouverture : les travaux d'aménagement, les premières oeuvres qui arrivent, les artistes dans leurs ateliers, les choix d'accrochage en cours. Ce contenu « coulisses » crée une narration qui suscite la curiosité et l'attachement. Les gens qui vous suivent depuis la phase de travaux seront vos premiers visiteurs les plus enthousiastes.
Constituez une liste de contacts. Elle comprend les collectionneurs que vous connaissez personnellement, les journalistes spécialisés de votre ville, les autres galeristes du quartier, les directeurs de centres d'art et de FRAC de votre région, les commissaires d'exposition indépendants et les blogueurs ou critiques qui couvrent la scène locale. Cette liste est votre outil de communication le plus précieux. Envoyez un email d'annonce personnel, pas un envoi en masse impersonnel, à chaque contact. Présentez votre projet, annoncez la date d'ouverture et exprimez votre souhait de les accueillir. La personnalisation de chaque email prend du temps mais fait une différence considérable dans le taux de réponse.
02Le vernissage inaugural : l'événement fondateur
Le vernissage d'ouverture est l'événement le plus important de votre première année. Il fixe le ton, établit votre positionnement et crée la première vague de bouche-à-oreille qui portera votre galerie pendant les semaines suivantes. Préparez-le avec le soin que vous accorderiez à un événement dont dépend l'avenir de votre projet, car c'est exactement le cas.
L'exposition inaugurale doit être irréprochable. Choisissez votre artiste le plus fort, celui ou celle dont le travail résume le mieux votre vision curatoriale. Une exposition collective peut fonctionner si elle est très bien pensée et si elle raconte une histoire cohérente, mais l'exposition personnelle a l'avantage de la clarté : elle dit en un seul geste ce que votre galerie défend.
L'invitation doit être envoyée trois semaines avant le vernissage. Le format classique est un carton imprimé (qui démontre votre sérieux et votre investissement) accompagné d'un email de rappel une semaine avant. Le carton doit être sobre, avec une image forte de l'oeuvre exposée, les informations pratiques et rien de superflu. Ne surchargez pas l'invitation de texte : une image puissante et les informations essentielles suffisent. La galerie Lelong est connue pour la qualité graphique de ses cartons d'invitation, qui sont collectionnés par certains amateurs et qui contribuent à l'image de la galerie bien au-delà du vernissage lui-même.
Le soir du vernissage, tout doit être parfait. L'accrochage est terminé depuis au moins deux jours (pas la veille, car vous découvrirez toujours un détail à corriger), l'éclairage est réglé, le vin est frais, les textes de salle sont en place. Soyez disponible, accueillant, et prenez le temps de parler avec chaque visiteur. Notez les noms et les contacts des personnes que vous ne connaissez pas encore. Demandez à un ami de confiance de prendre des photos de la soirée pour vos réseaux sociaux, car vous serez trop occupé pour le faire vous-même.
Ne vous découragez pas si la foule n'est pas au rendez-vous. Un premier vernissage avec trente ou quarante personnes motivées est un excellent résultat pour une galerie qui démarre. La qualité des visiteurs compte infiniment plus que leur nombre. Trois collectionneurs sérieux qui restent une heure et posent des questions sur les oeuvres valent mieux que deux cents curieux qui passent en cinq minutes, boivent un verre et repartent sans avoir regardé les murs.
03Les premières semaines : installer le rythme
Après l'effervescence du vernissage, les premières semaines peuvent sembler calmes. C'est normal et il ne faut pas paniquer. La fréquentation d'une jeune galerie se construit lentement, visite après visite, recommandation après recommandation. Votre travail pendant cette période est d'installer un rythme de communication régulier qui maintient votre galerie dans le paysage et dans l'esprit des gens qui vous ont découvert lors du vernissage.
Sur Instagram, publiez deux à trois fois par semaine. Alternez les vues d'exposition, les détails d'oeuvres, les portraits d'artistes et les textes courts qui éclairent les oeuvres. Evitez les publications trop commerciales (« Oeuvre disponible, contactez-nous ») qui rebutent les collectionneurs sophistiqués et donnent une image désespérée. Montrez plutôt le travail, racontez-le, partagez les mots de l'artiste, donnez envie de venir voir en personne ce que l'écran ne restitue qu'imparfaitement.
Envoyez une newsletter mensuelle à votre liste de contacts. Un email par mois, pas plus, qui présente l'exposition en cours, annonce la suivante et partage une ou deux actualités de vos artistes (une publication, une résidence, une exposition dans une autre institution). La newsletter doit être concise : un texte d'introduction de cinq ou six lignes, deux ou trois images de bonne qualité, les informations pratiques. La galerie Nathalie Obadia envoie des newsletters d'une efficacité remarquable : courtes, visuelles, informatives, elles donnent envie de cliquer et de venir voir.
04La relation avec la presse
La presse spécialisée reste un levier important pour la crédibilité d'une jeune galerie. Un article dans un magazine d'art ou une mention dans la presse locale donne une légitimité que les réseaux sociaux seuls ne fournissent pas. Quand un journaliste écrit sur votre galerie, il vous adoube aux yeux de ses lecteurs.
La démarche presse commence par un communiqué de presse pour chaque exposition. Ce document doit contenir un texte sur l'artiste et l'exposition (une page maximum, clair et sans jargon excessif), une biographie de l'artiste, des images en haute définition libres de droits pour la presse, et les informations pratiques. Envoyez-le trois semaines avant le vernissage aux journalistes de votre liste. Accompagnez l'envoi d'un court message personnel qui explique pourquoi cette exposition pourrait intéresser ce journaliste en particulier.
Ne vous limitez pas à la presse nationale, qui est souvent difficile d'accès pour une galerie qui débute. La presse locale et régionale est souvent plus accessible et plus réceptive aux nouvelles galeries qui s'installent sur son territoire. Un article dans le quotidien ou l'hebdomadaire local touche un lectorat de proximité qui constitue votre premier bassin de visiteurs et de collectionneurs potentiels. Les blogs et les sites spécialisés dans l'art contemporain sont également des relais précieux. En France, des sites comme Slash, Paris-Art ou Le Journal des Arts couvrent régulièrement les ouvertures de galeries et sont ouverts aux propositions de jeunes structures.
Si un journaliste accepte de venir, accueillez-le personnellement, présentez-lui l'exposition et l'artiste avec passion mais sans le submerger, et mettez-lui à disposition tout le matériel dont il a besoin (images haute définition, textes, contacts de l'artiste). Facilitez-lui le travail au maximum. Un journaliste bien traité et bien documenté reviendra, et un journaliste qui revient est un allié durable.
05Le réseau professionnel : les premiers liens
Les trois premiers mois sont le moment de tisser les premiers liens avec votre écosystème professionnel. Allez vous présenter aux autres galeristes de votre ville ou de votre quartier. La concurrence entre galeries existe, mais la solidarité professionnelle est étonnamment forte dans le monde de l'art. Les galeristes établis peuvent vous orienter vers des collectionneurs, vous recommander pour des foires, partager des prestataires de confiance (transporteurs, encadreurs, imprimeurs) ou simplement vous donner des conseils pratiques tirés de leur propre expérience de démarrage.
Participez aux événements du milieu : vernissages dans d'autres galeries, conférences dans les centres d'art, réunions de l'association locale des galeries si elle existe, dîners professionnels. Chaque sortie est une occasion de rencontrer des collectionneurs, des commissaires et des professionnels qui enrichissent votre réseau. Vous pouvez inviter les gens que vous rencontrez à venir voir votre prochaine exposition.
Contactez les centres d'art et les FRAC de votre région pour vous présenter et leur faire connaitre votre programmation. Ces institutions sont des prescripteurs importants : leurs équipes connaissent les collectionneurs locaux et peuvent orienter vers votre galerie les visiteurs qui s'intéressent aux artistes que vous défendez. Un courrier de présentation accompagné d'un dossier sur votre première exposition suffit pour initier le contact.
06Le suivi des visiteurs : transformer la visite en relation
Chaque visiteur qui entre dans votre galerie est un contact potentiel qu'il faut cultiver. Engagez la conversation, demandez s'il souhaite recevoir vos invitations, notez son nom et son email dans un carnet ou sur votre téléphone. Ce travail de collecte est fastidieux mais essentiel pour votre croissance. Au bout de trois mois, votre liste de contacts doit avoir doublé ou triplé par rapport à celle que vous aviez à l'ouverture.
Le suivi après la visite est ce qui distingue les galeristes efficaces des autres. Un email personnel envoyé le lendemain à un visiteur qui a montré de l'intérêt pour une oeuvre, avec une ou deux images supplémentaires et quelques informations sur l'artiste, transforme un intérêt passager en relation durable. Ce geste simple est la base du métier de galeriste et il ne coute rien d'autre que du temps et de l'attention.
Pour les collectionneurs qui ont acheté lors de l'exposition inaugurale ou des premières semaines, un remerciement personnel (pas un email automatique) et une attention lors de la prochaine exposition (une invitation au diner de vernissage, un accès prioritaire aux nouvelles oeuvres, un appel pour leur proposer une pièce avant qu'elle ne soit montrée au public) installent la fidélité dès le départ. Ces premiers acheteurs sont les fondations de votre clientèle : traitez-les avec le soin qu'ils méritent.
07Les erreurs à éviter pendant les trois premiers mois
La première erreur est de changer de cap trop vite. Votre exposition inaugurale définit une direction curatoriale. Si vous passez d'une exposition de peinture abstraite à une exposition de photographie documentaire puis à une exposition de céramique en trois mois, vous brouillez votre image et vous perdez les collectionneurs qui commençaient à vous identifier. La cohérence de votre ligne est ce qui construit votre crédibilité dans le temps.
La deuxième erreur est de brader les prix pour réaliser des ventes rapides. Les premières ventes sont importantes pour la trésorerie et pour le moral, mais elles établissent aussi les niveaux de prix que le marché retient. Un artiste dont vous vendez les oeuvres trop bon marché au démarrage aura du mal à voir ses prix augmenter par la suite, et les collectionneurs de la première heure se sentiront lésés quand les prix monteront.
La troisième erreur est de négliger la documentation. Photographiez chaque exposition sous tous les angles avec un appareil ou un téléphone de bonne qualité, conservez les communiqués de presse, archivez les articles et les retombées. Cette documentation constitue la mémoire de votre galerie et sera indispensable pour vos candidatures aux foires, vos dossiers de subvention et votre communication future. Une galerie sans archives photographiques de ses expositions passées est une galerie sans histoire.
08Artedusa dès le premier jour
Inscrire votre galerie sur Artedusa dès l'ouverture vous donne immédiatement accès à une communauté de collectionneurs actifs. Chaque oeuvre que vous publiez sur la plateforme est une opportunité de vente qui ne dépend ni de votre passage piéton ni de votre ancienneté dans le milieu. Pendant que vous construisez votre réputation locale semaine après semaine, Artedusa étend votre portée à l'échelle internationale et vous permet de réaliser vos premières ventes en ligne, qui viendront compléter les ventes réalisées en galerie et renforcer votre trésorerie pendant les mois cruciaux du démarrage.
Chaque œuvre trouve son collectionneur
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